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MATERNITE Accoucher, c’est culturel !

"International Herald Tribune" (Paris)

Les Françaises n’enfantent pas comme les Américaines : le constat amusé d’une future mère d’enfant... franco-américain.

Le printemps s’installe. J’arrive au terme de ma grossesse et je me prépare à accoucher à l’Hôpital américain de Paris. Le personnel parle indifféremment anglais ou français. D’ailleurs, l’enfant que je porte est le fruit d’une histoire d’amour franco-américaine : je suis française, et mon mari est new-yorkais. Or voilà, j’ai découvert que cette maternité était le théâtre d’affrontements culturels transatlantiques sur l’accouchement.

“Si vous saviez les lubies de mes patientes américaines ! se plaint ma sage-femme, Mme M. Il y en a qui veulent accoucher à quatre pattes, comme de vulgaires juments ! Les femmes devraient enfanter en toute dignité, assises. Quand même, on n’est pas des bêtes !” “Quoi ? Tu ne vas même pas essayer d’accoucher naturellement ? s’insurge Mme K., une amie américaine. C’est franchement dommage. L’accouchement, ce n’est pas une opération, tu sais, tu vas donner la vie.”

Les opinions de sages-femmes et de mères françaises ou américaines me portent à croire que le choix de l’accouchement, qu’il soit médicalisé ou naturel, est avant tout un choix culturel. Vais-je pratiquer les exercices de respiration ? Vais-je crier ? Aurai-je une césarienne ? Serai-je mise sous traitement ? En fin de compte, tout cela dépend plus de ma nationalité que de mon anatomie.

Je n’ai pas d’opinion tranchée sur la question. Aux Etats-Unis, si vous ne savez pas exactement ce que vous voulez, on vous considère comme une attardée, un peu comme si vous entriez chez un torréfacteur et que vous lui demandiez bêtement “du café”. Les gens se demanderaient si vous êtes bien de ce monde où les consommateurs, et particulièrement les consommatrices, ont gagné un statut de véritable décideur.

Je suis censée avoir étudié la question, lu tous les livres à succès sur la maternité. Poussée par mes amies américaines, je dois admettre l’avoir fait. Seulement, je reste aussi irrésolue. Les femmes doivent-elles passer leur grossesse à acquérir les connaissances en obstétrique qui leur permettront de rivaliser avec leur médecin le jour J ? Un accoucheur américain conseillait : “Votre médecin mérite votre considération et votre suspicion.” En France, c’est l’excès inverse : le corps médical baigne dans une aura qui existait aux Etats-Unis avant qu’il ne fasse l’objet de nombreux procès.

Les plans mûrement élaborés par les futures mères font doucement rigoler Mme M. Elle me parle d’une patiente américaine admise à la maternité, très sûre de la façon dont son accouchement - par les voies naturelles - allait se dérouler et qui, au final, a dû subir une césarienne en urgence. A cela vient s’ajouter le problème de la douleur. Mes amies américaines me soutiennent qu’il faut souffrir pour vivre pleinement son accouchement. “C’est un moment d’extase”, me raconte Mme K. Aux Etats-Unis, supporter la douleur est perçu comme un défi personnel, une expérience épanouissante qui cadre bien avec la pensée New Age. A l’opposé, les Françaises considèrent la péridurale comme une victoire de la lutte pour les droits de la femme.

En conséquence, les cours de préparation durant lesquels on apprend à respirer profondément pendant les contractions n’ont plus beaucoup de succès en France. Le jour où j’ai confié à ma sage-femme que je n’étais pas sûre de vouloir accoucher sous péridurale, elle m’a conseillé de faire quarante-cinq minutes quotidiennes de respiration contrôlée pendant un mois. Elle savait pertinemment qu’elle anéantirait ainsi mes velléités d’accouchement naturel. Dans le scénario français idéal, vous vous présentez à la maternité avec votre mari, un brumisateur sous le bras. Vous vous courbez pour l’injection péridurale et vous enfantez le sourire aux lèvres, une petite perle de sueur au front. Ne comptez pas sur votre mari pour respirer au même rythme que vous, il n’est pas votre accoucheur (en France, “nous” n’attendons pas d’enfant). Il se contentera de vous apporter un soutien affectif.

Alors que les sages-femmes américaines vous recommandent de laisser votre intellect de côté et de ne pas brider vos instincts bestiaux, Mme M. souhaiterait que j’enfante assise, dans le calme et sous perfusion. Peut-être devrais-je crier un très court instant, pour la forme et parce que je suis en droit de le faire. Ce serait très français de se laisser aller au moment crucial. Ah oui, je ne vous avais pas dit ? Depuis un mois, comme le veut le stéréotype, les sages-femmes sont en grève...

Flore de Préneuf*

* Journaliste à "Salon.com" et au "St. Petersburg Times".



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