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Samedi 9 mars 2002 16h41
Accueil > Dossiers > Détail du dossier > Article
 
Pédophilie sur internet  
  photo Vogelsang
 
Une Internationale pédophile s’organise sur le net en toute impunité (09/03/2002)
 
CYBERCRIMINALITÉ - La cellule fédérale destinée à lutter contre les sites répréhensibles est remise à plus tard.
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CHRISTIANE PASTEUR
  photo Olivier Vogelsang
Les associations de lutte contre la pédo-criminalité sur internet l’avaient réclamé. L’Office fédéral de la police (OFP) l’avait promis. Et pourtant, l’entrée en fonction du Centre national de coordination pour lutter plus efficacement contre la cybercriminalité prévue pour le premier trimestre 2002 est reportée à 2003. Du côté de Christine Bussat, initiatrice des Marches blanches, c’est l’écœurement: "Je me demande où sont les priorités? Quand il s’agit de Swissair, on trouve l’argent..." Rappelons qu’une cellule "monitoring" (recherche de sites sur le net), basée à Berne, avait été suspendue, car "débordée", en 1999: elle ne comptait alors que deux postes à mi-temps.

Aujourd’hui, pourquoi ce retard? Le Conseil fédéral aurait pu demander un budget extraordinaire à cet effet. Il s’est contenté d’un budget ordinaire en requérant la participation des cantons à hauteur de deux tiers des frais. À l’OFP, Philippe Kronig, chef de division, explique que la quête de personnel et de matériel adéquats va débuter rapidement. Cette cellule, composée de neuf personnes (au lieu des douze promises), sera rattachée à l’OFP mais travaillera pour les cantons. Parmi ses tâches figure le monitoring, c’est-à-dire la recherche active de contenus pénalement répréhensibles. Un tri doit ensuite être effectué, pour répertorier les sites relevant du droit pénal suisse ou qui ont des connexions avec notre pays. La cellule se charge alors de décider qui des cantons ou de la Confédération prend en charge l’enquête, afin d’éviter les doublons.

Sites basés en Europe de l’Est

"Le problème est que les serveurs hébergeant des sites pédophiles sont souvent basés en Europe de l’Est, explique Philippe Kronig. Notre travail se borne alors à informer les autorités des pays concernés. Nous tentons également de sensibiliser les providers (fournisseurs d’accès à l’internet)." Par contre, les chatrooms (forums de discussions) semblent plus propices à trouver des amateurs d’enfants en Suisse. Quand la police soupçonne un individu, elle identifie son numéro IP (le numéro de l’ordinateur utilisé). Si elle possède des éléments suffisants, la cellule transmet ces informations au canton dans lequel réside l’individu. Une enquête classique peut alors débuter.

À noter encore que ce centre national s’occupera de pédophilie, mais pas seulement. Il aura aussi pour but de suivre l’évolution de la cybercriminalité, en grande partie économique. Un volet fort vaste.

À Genève, les moyens manquent

Reste qu’aujourd’hui comme demain, ce sont les cantons qui reçoivent les dénonciations et traquent les pédophiles. À Genève, cette tâche est impartie à la Brigade de criminalité informatique (BCI), sorte de service technique chargé d’assister, entre autres, la Brigade des mœurs. Ses effectifs viennent de doubler: elle compte aujourd’hui quatre inspecteurs. La pédophilie ne représente que 25% de ses activités. Au vu de ses moyens, loin d’elle l’idée d’être active dans la lutte contre la pédo-criminalité sur le net: "Nous n’avons même pas de bons ordinateurs...", soupire Philippe, l’un des inspecteurs de la BCI.

Selon lui, la cellule fédérale prévue en 2003 ne sera d’aucune utilité: "Surveiller des sites... Et après? Le seul travail efficace est celui pratiqué par les policiers allemands et américains, à savoir travailler sous couverture. Des policiers se font passer pour des pédophiles et tentent de s’introduire au sein de leurs communautés virtuelles. Du coup, ils font le boulot pour tout le monde et nous envoient de temps à autre des tuyaux. Nous avons collaboré à l’arrestation d’une dizaine de pédophiles en deux ans. C’est un peu comme si on arrêtait des toxicos au lieu d’intercepter les dealers..."

Donnant donnant

Pour s’approvisionner en images, qui proviennent du monde entier, les pédophiles se retrouvent, par exemple, sur les Newsgroups ou sur International Relay Chat (IRC). Là sont installées des centaines de canaux au sein desquels se forment des groupes de discussion sur une multitude de thèmes. Ces sites ne sont pas accessibles aux novices. Pseudonymes, mots clés, parrainage, etc., constituent des précautions usuelles auxquelles il faut ajouter le "droit d’accès". Pour montrer patte blanche, l’internaute se doit d’apporter son lot d’images personnelles. Si elles sont jugées "bonnes", un échange privé peut commencer. C’est dans ces forums privés qu’on peut trouver des images terribles, allant jusqu’à la torture d’enfants. Ce système est proche de celui d’échange des fichiers musicaux MP3, comme Napster. Sauf qu’ici, point de gratuité, c’est donnant donnant.

La pointe de l’iceberg

Quant aux dénonciations de sites, elles sont bien souvent inutilisables: soit il s’agit de nudisme, non réprimé par la loi, soit de sites zoophiles ou scatologiques basés sur des serveurs à l’étranger, où ces pratiques ne constituent pas un délit. "Les sites sur lesquels vous tombez ne sont que la pointe de l’iceberg, poursuit notre interlocuteur. Il s’agit le plus souvent de vieilles photos ou de sites-portails, composés de quelques bannières suggestives. Pour aller plus loin, il faut payer. Environ 70 dollars l’entrée pour des sites "intéressants". Nous avons obtenu des cartes de crédit à cette fin mais ne les avons jamais utilisées car ces sites ne sont pas hébergés sur des serveurs genevois. C’est plutôt du genre site russe, géré par un américain... Alors, nous remplissons une fiche que nous envoyons à Interpol. Comme cela ne va pas assez vite, nous utilisons beaucoup les canaux alternatifs, à savoir des listes de diffusions entre collègues européens et américains. Nous nous échangeons des informations, non confidentielles, afin de rester à niveau."

Mutisme bien compris

Les fournisseurs d’accès pourraient théoriquement bloquer l’accès à certains sites. S’il n’existe pas de base légale pour les y obliger, la pression de leurs clients pourrait les y amener. Quelles relations la BCI entretient-elle avec les providers? "S’ils ont une charte, c’est celle du mutisme, lance Philippe. Les petits providers jouent le jeu, mais les gros comme Swisscom ou Bluewin ne veulent rien entendre."

De fait, identifier un numéro IP relève du parcours du combattant: "Nous devons demander l’ouverture d’une information pénale auprès du Parquet. Si elle se fait, c’est au juge d’instruction qui a d’autres chats à fouetter de demander à Berne que le service approprié (DETEC) intervienne auprès du provider. Puis l’info fait le chemin inverse avant d’arriver jusqu’à nous. Le processus dure environ un mois... Et sur le net, le temps c’est important!" Les images pornographiques impliquent des mineurs. Si elles circulent sur la Toile, c’est que des enfants sont abusés "en vrai". Le principal problème est que cet outil performant et évolutif se joue des frontières et par là même des législations. À l’instar de la corruption ou du blanchiment d’argent, les justices nationales seules habilitées à poursuivre les criminels se heurtent à des réseaux internationaux. Quant à savoir le nombre d’images pédophiles sur le net, c’est impossible. Aucune estimation n’a été faite. Interpol dispose de deux millions d’images dans sa base de données.


Les mots sont importants

Lorsqu’on parle de pédophile, il s’agit d’une personne, âgée d’au moins 16ans, qui est attirée par des enfants qui n’ont pas encore atteint le stade de la puberté (12-13ans). La pédophilie n’est pas une maladie mentale; elle est considérée comme un "trouble de la préférence sexuelle", selon la formulation de l’OMS. Le pédophile peut être attiré par les filles, les garçons ou les deux. Il appartient à tous les milieux sociaux. La grande majorité des pédophiles sont des hommes et appartiennent à l’entourage proche de l’enfant. Certains, tout en éprouvant une réelle attirance pour les jeunes enfants, ne passent pas à l’acte. Parce qu’ils se sentent honteux et fautifs, parce qu’ils ont peur d’être pris ou plus simplement par respect pour l’enfant. Dans la mesure où ils ne passent pas à l’acte, ces individus ne sont évidemment pas coupables vis-à-vis de la loi.

C. P.


L’émergence d’un discours idéologique

Échanger des fantasmes n’a rien d’illégal. De nombreux sites francophones sont ainsi dédiés à la déculpabilisation et à la "réhabilitation" des pédophiles en tant que "minorité sexuelle" et plus précisément des "BL" ("boys lovers"), ceux qui aiment les jeunes garçons. Leur contenu est idéologique et se veut rationaliste. On y demande, par exemple, l’abaissement de la majorité sexuelle à 12ans. Il existe un "Manifeste du boys lover". Son auteur n’hésite pas à faire passer les pédophiles pour des rebelles agissant contre l’ordre établi et les bonnes mœurs de la société bourgeoise dans laquelle la sexualité de l’enfant est "bridée".

C’est pour stigmatiser ce type de discours que le site quellesconnes.com (parodie acide des magazines féminins qui fait rimer féminisme et humour) a planché et créé des affiches grinçantes. "Nous avons visité ces forums où discutent des pédophiles. Certains ont vraisemblablement connu la prison, d’autres parlent ouvertement de leurs relations amoureuses avec de jeunes garçons de 10ans et de leur irrépressible désir de passer à l’acte. D’autres encore se disent pédophiles abstinents." Selon quellesconnes.com, ces forums n’ont aucun but thérapeutique: "Au contraire, il s’agit d’une scène où les pédophiles aiment à s’exhiber et à provoquer avec des phrases du genre: Si on nous interdit d’aimer les enfants, il n’y aura plus personne pour s’occuper de la petite enfance."

Selon les cyberféministes, le vrai problème se trouve dans le manque d’encadrement: "Où peut se tourner un jeune qui prend conscience de ses pulsions pédophiles, alors même qu’il lit dans tous les médias qu’il est un monstre?" Et de conclure: "Il ne faut jamais laisser son enfant surfer seul sur la Toile." Même si cela est marginal, certains pédophiles entrent de cette façon en contact avec eux.

C. P.


 
 
Nos liens :
 
Association Action Innocence
 
Aide et soutien aux familles de victimes
 
Comité international pour la dignité de l'enfant
 
 
Nos articles :
 
Micheline Spoerri veut agir... selon ses moyens budgétaires (09/03/2002)
 
Une Internationale pédophile s’organise sur le net en toute impunité (09/03/2002)
 
 
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