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Des participantEs aux blocages du dimanche 1er juin 2003 à Lausanne témoignent et analysent AU COMITÉ ANTI-G8 ET À TOUTE PERSONNE INTÉRESSÉE jeudi 12 juin 2003 |
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02/06/03 - un-e participant-e au pink bloc, ainsi qu'un-e participant-e au black bloc anti G8 de Lausanne font circuler ce document sur internet. Nous l'avons Reçu, nous le diffusons. Ce texte n'engage que ses auteurs, que nous ne connaissons pas. Le texte qui suit concerne les événements de Lausanne.Entre scoops médiatiques, désinformation policière et rumeurs, beaucoup de fausses informations ont circulé. C'est donc avec plaisir que nous répondons à l'appel à témoignage lancé par le comité anti-G8 par voie de presse. Que ce soit clair, malgré les critiques, le but de ce texte n'est pas de polémiquer dans une situation tendue, mais d'apporter des éléments d'informations pour essayer d'applanir le débat au sein du mouvement. Merci de le faire circuler parmi vos membres.
Sur le principe des actions de blocage du dimanche 1er juin 2003Les médias ont parlé de bandes de voyous-casseurs assoiffés de violence ; un représentant de comité anti-G8 de « manifestation spontanée qui a emprunté le même trajet que la manif officielle prévue l'après-midi » (sur TVRL) ; quant à la police, elle prétend avoir réussi à éviter que les troubles ne gagnent le centre-ville commerçant. Rien de cela ne ressemble à la réalité que nous avons vécue. Dimanche matin, il ne s'agissait pas de faire une manifestation, mais des actions de blocage des délégations et du personnel du G8. Le principe des blocages n'avait rien de spontané, puisqu'il avait été retenu lors du week-end international de préparation à Genève début 2003, auquel plusieurs membres du comité anti-G8 étaient présents. Les partis et la gauche institutionnelle avaient dès le début annoncé qu'ils « ne participeraient pas, mais ne condamneraient pas ». Si au niveau local, le comité anti-G8 s'est concentré sur un concept beaucoup plus symbolique, qui est devenu les manifestations « officelles », la mobilisation nationale et internationale, refusant de ne faire que de la figuration (pour reprendre les termes des policiers allemands qui avaient peur d'être cloisonnés à Cointrin), s'est attelée à préparer de réelles actions de blocage (d'après les interviews télévisés, même attac-Allemagne, qui n'est assurément pas l'aile la plus radicale du mouvement, a mobilisé sur l'idée de bloquer le G8). Ces actions de blocage et d'encerclement avaient déjà fait la preuve de leur efficacité à Seattle et à Prague, tant pour entraver la tenue des sommets que pour augmenter l'aura du mouvement antiglobalisation. Evidemment, personne n'espérait bloquer les chefs d'Etat (à priori héliportés), ni les délégations se trouvant déjà dans la zone rouge. La militarisation du débarcadère a fait qu'à notre connaissance aucun groupe ne prétendait attaquer la zone rouge (trop suicidaire) ; mais ne rien faire par peur du dispositif sécuritaire, c'est accepter la loi du plus fort, la loi des armes, contre laquelle nous luttons. Restaient donc deux niveaux d'action possibles : bloquer des délégations diplomatiques (ce qui expose à une répression brutale immédiate en vertu des traités internationaux qui lient la Suisse aux autres Etats), ou bloquer les petites mains (journalistes, traducteurs, personnel technique,...). Les actions de blocage ont été débattues plusieurs jours avant le 1er juin sur les sites de Dorigny et de la Bourdonnette, d'abord publiquement et démocratiquement avec des centaines de participantEs (des membres du comité anti-G8 y ont été apreçu), puis en workshops et en groupes d'affinités.Trois concepts principaux ont été développés :Chacun de ces blocs apporterait de manière complémentaire sa contribution aux blocages, en mettant en oeuvre les méthodes qui lui sont propres. Les trois blocs sont partis ensemble avant de se séparer à l'échangeur de la Maladière. Le premier devait bloquer l'est de la zone jaune, le deuxième le centre et le troisième l'ouest. Il a été tenté de maintenir une certaine distance entre les différents blocs, pour permettre aux participantEs de se retrouver dans des modes d'action qui leur correspondent. Dans les faits, les charges policières ont rabattu le bloc anthracite sur le Pink & Silver, et c'est donc ensemble que les deux blocs ont dû faire face aux lacrymos et aux charges, tandis que le bloc a vélo s'est fait couper du reste des manifestantEs. Il est quasi certain que la présence des membres déterminés et équipés du bloc anthracite a protégé le reste du cortège contre des attaques plus violentes de la part de la police. Il est absolument faux que les militantEs du bloc anthracite se seraient « infiltréEs » dans le reste du cortège pour tout casser. Ces actions n'étaient pas un prétexte pour manifester, mais étaient pensées dans une stratégie globale pour appuyer d'autres actions de blocages qui auraient lieu simultanément ailleurs.La grande manif entre Genève et Annemasse semblait condamner les délégations diplomatiques et le personnel logeant à Genève à être acheminés à Lausanne, d'où ils seraient emmenés par bâteau à Evian. Le sommet devant débuter l'après-midi, il faudrait donc transporter tout ce monde dès le début de la journée. C'est pourquoi des militantEs s'enchaîneraient dès le matin de manière à bloquer les quatre principaux ponts de Genève (la police mis 4 heures à mettre fin à l'opération) ; un semblant d'Aqua bloc tenterait de bloquer l'autoroute entre Genève et Lausanne de manière totalement non-violente (c'est le tragique événement du policier qui a coupé la corde de deux militantEs suspenduEs sur le pont de l'Aubonne : il n'était soi-disant pas au courant alors que banderolles et autres manifestantEs annonçaient la situation), des radeaux-pirates tenteraient de prendre le lac pour empêcher les bâteaux de la CGN de manoeuvrer (ils ont été ramenés à la rive par les forces lacustres), etc. Résumé:Sur la question de la violence et de la casseD'abord, il faut savoir de quoi on parle quand on dit « violence ». Des franges du mouvement antiglobalisation s'en prennent à des biens, tandis que les membres du G8 tuent en Tchétchénie, en Irak, en Côte d'Ivoire et ailleurs. Concernant la casse, question purement terminologie, un esprit pas trop imprégné de médias-TV nous semble devoir être à même de faire une nuance entre la construction de barricades - fussent-elles en flammes - pour bloquer les accès à l'embarcadère (ce qui a majoritairement illustré la « casse » dans la presse), et la casse à proprement parler. Cependant, il est vrai que quelques attaques ont été menées par certainEs contre ce qui est perçu comme le plus représentatif du système capitaliste, basé sur la surconsommation, l'étranglement des petits producteurs/trices, l'enrichissement sur le dos des pauvres, l'exploitation et les guerres pour le pétrole : 2-3 stations-services, un garage, un hôtel de luxe, une Migros, et apparemment un magasin Adidas. A part un petit boucher (revendiqué « Meat is murder »), on peut déduire que le reste de la cinquantaine de plaintes que la police affirme avoir reçu concerne les nombreux slogans politiques graffités le long du parcours. Après, il y a encore des gens pour dire que « les casseurs sont apolitiques ». A noter que le bloc anthracite ne chercha pas la confrontation directe avec la police, ni même à répondre aux jets de lacrymos et aux charges, et resta plus dans une logique de mouvement. Quant aux produits réappropriés dans les stations-service et à la Migros ils ont été redistribués aux gens du quartier (24H a parlé de Robins des bois, ce qui peut paraître flatteur, mais il ne s'agissait pas d'être de nouveaux héros pour sauver les gens à leur place). Violence et non-violence est une fausse question, car, dit de manière caricaturale, la violence vient de ceux qui oppriment et qui répriment, pas de ceux qui se révoltent (qu'est-ce qu'une vitrine cassée en regard des politiques meurtrières du G8). C'est pourtant une question délicate, car elle déchire le mouvement et « l'opinion publique ». A ceux qui disent que casser ne sert à rien, on peut répondre qu'évidemment ce ne sont pas quelques vitres cassées qui vont changer le monde (ni que les petits commerçants sont personnellement responsables des politiques du G8, même s'ils sont un maillon de la chaîne du système). Pourtant, les manifestations « citoyennes » ont aussi dû leur succès grâce à l'écho médiatique provoqué par la casse. Il faut admettre la réalité : tant les manifestations citoyennes que les attaques contre la propriété ont été incapables de stopper la guerre en Irak. On peut juste se demander où sont passées les centaines de milliers de personnes qui étaient descendues dans la rue il y a quelques mois... Si un jour révolution il y a, elle passera par de nombreuses prises de conscience et débats, dans un contexte ou le rapport de force sera entretenu autant par les grandes mobilisations que par des actions plus radicales, dont la création de dommages économiques. Il est intéressant de rappeler à ce propos que le manque à gagner estimé par les commerçants genevois se chiffre, à leurs dires, en dizaines de millions à cause de la fermeture des boutiques, même s'il n'y avait pas eu une seule vitre brisée (alors que les dégâts réels ne se chiffrent « qu' » à quelques millions). Il est évident que les questions économiques liées à la peur de la casse entre au moins autant que les manifestations de masse en ligne de compte dans l'acceptation d'un Etat à accueillir de nouveaux sommets. Après, on peut débattre sur l'augmentation de la répression, sur le fait que les mobilisations antérieures ont poussé la police à être de mieux en mieux équipée et préparée, qu'il y a déjà eu mort d'homme et blessés par balle au sein des manifesantEs, que certainEs sont toujours en prison suite aux protestations de Götegorg, ... Personne ne peut se prévaloir de détenir la vérité. Mais le jour où on voudra vraiement changer ce monde, les dominants ne vont pas s'en aller parce qu'on le leur demande gentillement (il n'y a qu'à voir le peu d'impact qu'ont eu les manifestations massives pour la paix sur le président américain). Il est aussi bon de se rappeler que nous vivons dans une époque où le militantisme est de plus en plus pacifié (dans les années septante, l'aile radicale du mouvement était la lutte armée ; dans les manifs, les affrontements avec la police ou les fascistes étaient monnaie courante), alors que les attaques du patronat contre les acquis sociaux et les guerres impérialistes des grandes puissances redoublent de vigueur. Il serait donc bon de prendre un peu de recul avant de parler d'ultra-violence à propos de bris de vitrines. Sur l'attitude de la policeLa question de savoir si la police avait suffisamment sécurisé le pourtours de la zone jaune ou non nous semble relever du rôle de la police et non de celui du comité anti-G8. Ce dernier n'a pas de raison de se muer en collaborateur des forces de répression. I ronie du sort, le chantier de l'avenue de Cour est celui des deux maisons qui abritaient une soixantaine de personnes à bas revenu en contrat de prêt-à-usage, expulsées par l'UBS pour en faire des logements de luxe, quant bien même une proposition d'achat était en cours pour une habitation coopérative. A force de vouloir se distancier, certainEs membres du comité anti-G8 ne risquent-t-ils pas de tomber dans le même piège que le PS, qui déclarait il y a quelques mois vouloir condamner la répression « excessive » ? On peut évidemment, pour de multiples raisons, ne pas être ne symbiose avec ce d'aucun ont défini comme étant une logique « militaire », et c'est également le cas d'un certain nombre d'entre nous. Encore faut-il savoir si on estime que faire une barricade est un acte militariste, dans quel cas n'importe quel barrage des routiers en grève en France voisine participerait à l'esclade militaire... Même si chacunE a ses convictions, ses analyses politiques et ses modes d'action, n'y a-t-il pas moyen de garder un minimum de dignité et d'éviter de reproduire le cliché du gentil manifestant pacifiste responsable versus celui qui n'a rien compris, qui de surcroit est méchant et qui de toute façon n'est pas un manifestant mais un voyou, un casseur, voire un hooligan ou un jeune des banlieues, et qui serait irresponsable ? Cela se traduit aussi dans les attitudes, qui peuvent faire basculer la situation dans un sens ou dans un autre. Par exemple, un ou deux « jeunes de banlieue » ont commencé à lancer des pierres contre une station-service juste après la levée du siège des flics à la Bourdonnette. Si on leur avait expliqué que ce n'était vraiment pas le moment de faire monter la tension, la situation se serait certainement plus calmée qu'avec le coup-de-boule donné par un « pacifiste » à un jeune d'à peine 15 ans, ce qui a abouti peu après à des accrochages avec les amis de ce jeune à Oulala c'Forum. Pour en revenir à la répression policière, les premières charges contre le Pink & Silver ont eu lieu au bas de l'avenue du Denantou. Lacrymos et canons à eau contre confettis et samba : cela semble signifier que c'est par l'est que les délégations rejoignaient les quais d'Ouchy. Pendant le trajet où grenades lacrymogènes et assourdissantes refoulaient les militantEs à la Bourdonnette, la stratégie de la police a été la suivante : crééer des cordons à chaque carrefour important, laisser passer l'avant du cortège, tirer des lacrymos dans le tas et foncer pour arrêter des gens. Un certain nombre d'arrestations très brutales ont eu lieu ainsi sur la fin de la manif. Après avoir empêché le cortège d'aller à Dorigny, la police a commencé a encerclé le camping de la Bourdonnette. CertainEs ont cru qu'il s'agissait de sécuriser l'autoroute toute proche le temps qu'une délégation importante y passe. En fait la police a investi le camp dans le but de contrôler l'ensemble des personnes présentes. Il s'agissait clairement : Les déclarations publiques de Mermoud, de Bergonzoli ou de Brélaz confirment ces analyses, même s'ils le disent en termes plus diplomatiques. Cela constitue une opération de répression de masse. Dès le début, les assiégéEs et les legal teams ont contesté la légalité de ces arrestations de masse. La police les a justifiées sous prétexte que les assiégéEs avaient refusé de se rendre unE à unE dans une tente policière pour « contrôle d'identité » et protégeaient les « casseurs » en opposant solidairement une résistance passive. Notons qu'un certain nombre de personnes avaient leurs papiers dans les tentes à Dorigny, site auquel la police bloquait l'accès, ce qui en soi, rendait déjà absurdes les demandes de la police. Le fait qu'il fallait traduire en plusieurs langues les débats a permis de gagner un peu de temps, durant lequel les médias et les observateurs ont commencé à arriver. Cela n'a pas changé le plan de la police, mais un peu atténué l'intensité physiques des arrestations. Les personnes encerclées en attente d'être arrêtées ont ainsi passé plus de cinq heures en plein soleil (plusieurs personnes se sont évanouies et ont dû être évacuées), alors qu'en face la police se relayait et pique-niquait devant tout le monde. Les personnes présentes à l'assemblée du parc de Milan sont mieux placées que nous pour savoir les tergiversations qui y ont eu lieu. On ne peut que remercier toutes celles et ceux qui se sont dirigéEs en cortège en direction de la Bourdonnette malgré les injonctions de quelques « organisateurs ». Une fois de plus, la solidarité en actes a montré que la lutte paie. Face au travail des legal teams, à la manif qui arrivait du parc de Milan et aux rumeurs comme quoi des centaines de manifestantEs allaient arriver de Genève en guise de solidarité, la police a finalement levé le siège du camping, officiellement pour redisposer ses forces face aux menaces sus-mentionnées (ou n'était-ce qu'une manière de sauver la face pour ne pas avouer que leur opération était illégale, on ne le saura certainement jamais). Résumé :Avec les arrestations de masse à la Bourdonnette, opération dont la légalité reste à démontrer, la stratégie de la police visait à intimider et criminaliser l'ensemble du mouvement. En ce sens, cela ne fait que prolonger l'analyse du comité anti-G8, qui dit que le climat de psychose entretenu par le médias a permis d'effrayer la population en détournant l'attention des 8 casseurs barricadés à Evian en focalisant sur les risques de débordements, analyse sur laquelle il nous semble que tout le monde s'accorde. Il est à craindre que les photos prises des personnes arrêtées ne servent à complèter les fichiers de la police politique et ne soient utilisées ultérieurement pour dresser des listes noires de personnes indésirables, comme cela avait déjà été le cas pour les manifestations contre le WEF à Davos.Résultats et premier bilan des actions de blocageIl n'est évidemment pas avouable pour les autorités que les actions de blocage aient retardé les délégations, il est donc difficile de savoir l'efficacité réelle des actions qui ont eu lieu. Il semblerait toutefois que la situation ait posé quelques problèmes à la police, ce qui expliquerait aussi pourquoi lacrymogènes et canons à eau ont été utilisés massivement pour empêcher le blocage du carrefour Denantou-Quais d'Ouchy, les autres voies d'accès ayant déjà été passablement bloquées. Cela a aussi montré qu'aucun dispositif sécuritaire n'est 100% efficace, et que malgré l'intimidation militaire, il n'y aura jamais de paix tant qu'il n'y aura pas de justice. Il est aussi difficile d'avoir des retours représentatifs de ce qu'en a pensé la population (sachant que les moyens d'information des militantEs sont moindres que ceux de la presse à sensation). En tous cas, les réactions dans les quartiers traversés montrent plutôt que tout le monde n'était pas aussi abrutis par les médias que ce qu'on aurait pu redouter. Ce que les actions de blocage ont montré, c'est qu'il existe des réseaux internationaux de résistance avec une capacité de mobilisation , d'auto-organisation et d'imaginativité considérables, et qui ne se reconnaissent pas dans les kermesses « citoyennistes » ou « altermondialistes ». Ce mouvement ne veut pas donner de la voix pour que les grands de ce monde « gouvernent mieux », mais pour tenter de changer radicalement ce monde en allant à la racine des problèmes. C'est un mouvement révolutionnaire et anticapitaliste, en perpétuels évolutions et débats, qui considère qu'il ne peut pas y avoir de capitalisme à visage humain. Peut-être que certainEs membres du comité anti-G8 n'ont pas assez tenu compte de cette dimension nationale, internationale et radicale de la mobilisation contre le G8, tentant au mieux de l'ignorer, au pire de s'en distancier ou de le freiner, alors qu'un travail commun aurait pu être plus constructif dans l'optique de développer des résistances locales anticapitalistes radicales. Espérons que cela ne conduira pas à une scission durable du mouvement au niveau local. Plus globalement, il semble indéniable que les mouvements antiglobalisation ont été écraséEs par la guerre médiatique qui a créé la psychose des « casseurs » et du terrorisme, occultant les méfaits du G8 pour couper la base populaire des mobilisations. Dans ce contexte, on peut estimer à chaud que le bilan des diverses manifestations et blocages autour du Léman est plutôt positif, d'autant plus qu'il s'agissait aussi d'un test après la répression sanglante du dernier sommet du G8 à Gênes. Sur le sommet d'Evian lui-mêmeIl n'y a pas grand chose d'intéressant à noter. Chirac a dit tenir compte des souhaits de justice des manifestants, participant ainsi à l'intégration idéologique du mouvement, sans que ça ne change rien aux politiques dévastatrices. Le président Lula a soi-disant été dans le sens des altermondialistes en proposant une taxe sur les ventes d'armes. On en conclut que pour lutter contre la faim, il faudra donc vendre plus d'armes : logique implaccable. Quelques milliards ont été promis pour lutter contre le sida, pendant que les licences autorisant les médicaments génériques, qui eux seuls pourraient véritablement freiner l'épidémie, sont restées bloquées. Les Etats-Unis n'ont toujours pas signé le protocole de Kyoto. Quant aux Etats qui ont signé des protocoles dans les sommets précédents, rares sont ceux qui ont tenu leurs beaux engagements. On a aussi recyclé les promesses faites lors des sommets précédents concernant l'aide aux pays africains. Bien que se chiffrant en dizaines de milliards, l'effacement d'une partie de la dette n'est qu'une miette minuscule par rapport aux sommes en jeu. Et pour couronner le tout, les commentateurs économiques s'accordent pour dire qu'aucun des sujets actuels importants n'a été réglé, certains n'ayant même pas été évoqués (comme le partage du butin de la guerre, pudiquement appelé par la presse « crise irakienne »). Autant dire que la « confiance » et la « reprise » dont les 8 se gargarisent sonnent creux. Bref, la mascarade continue aux su et au vu de tous et de toutes. La lutte n'est pas près d'être finie ! Merci à toutes et à tous qui ont été présentEs dans la rue ou en coulisses. Solidarité avec les personnes qui sont encore arrêtées ! Plusieurs communiqués consultables sur Indymedia relatent les événements et les enjeux des actions de blocage du dimanche à Lausanne : « Blocages à Lausanne : Pink&Silver, Critical Mass et Black Blocs uniEs » (2.06.03), le communiqué de United colors of blokade « Répression des blocages du 1er juin à Lausanne » (2.06.03), ou encore « Lausanne : des pinks & blacks témoignent et revendiquent » (4.06.03) Nous vous les communiquons ci-joint, pour ceux en français. D'autres, en allemand, sont également très intéressants : Sehr guter Bericht zur Demo am Sonntag in Lausanne, http://www.indymedia.ch/demix/2003/06/10904.shtml Detaillierte Zusammenfassung des ersten Teils der Blockaden vom Sonntag, http://www.indymedia.ch/demix/2003/06/10078.shtml Eindrücke vom schwarzen Block in Lausanne http://de.indymedia.org/2003/06/53672.shtml, Nochmals Black Block http://de.indymedia.org/2003/06/53697.shtml Weitere Zusammenfassung vom Sonntag, http://de.indymedia.org/2003/06/53252.shtml Erlebnissbericht aus Österreich, http://austria.indymedia.org/front.php3 ?article_id=25182&group=webcast Erlebnissbericht http://de.indymedia.org/2003/06/53572.shtml Quelques individuEs qui ont participé aux actions de blocage de dimanche à Lausanne 8 .06.03 Textes tirés d'indymedia : Blocages à Lausanne : Pink&Silver, Critical Mass, Antracite herisson fachéE, 02.06.2003 15 :01 http://ch.indymedia.org/fr/2003/06/10383.shtml Blocages du dimanche à Lausanne Blocages à Lausanne : Pink&Silver, Critical Mass, Antracite et Black Blocs uniEs. Nous dénonçons la désinformation des médias concernant les actions de blocage à Lausanne. Nous sommes toutes et tous partiEs du camping de la Bourdonnette avec l'intention de bloquer les délégations du g8. On était à peu près 2000, divisés en 3 blocs : le pink & silver block, la caravane à vélo, et le antracite et black block. Nous sommes partiEs toutes et tous ensemble et nous refusons les arguments dénigrants à l'encontre du black block, comme quoi il se serait infiltré dans le cortège pour tout casser. Les black et antracite blocks sont partis avec nous, ils ont effectué les actions de blocage les plus efficaces en faisant preuve d'une grande créativité dans l'action et ils ont protégé le reste du cortège contre les attaques des flics. Des actes de casse ciblée contre Shell et autres symboles du capitalistes ont bien eu lieu mais nous ne nous en distancions pas, ils font partie intégrante des actions que nous avons mené ce dimanche. Si les actions de blocage ont réussi c'est bien parce que nous étions toutes et tous uniEs contre le g8. Nous dénonçons aussi l'hypocrisie de certaines personnes et organisations qui ont toujours soutenu que la seule méthode efficace pour faire entendre au monde notre refus du capitalisme et du g8 était de tenter des blocages et qui aujourd'hui se distancient des actions menées à Lausanne dimanche matin, probablement parce qu'elles n'étaient pas dirigées par les personnes en question. Soulignons aussi que nous n'avons eu aucun soutien politique quand nous étions pris en otage à la Bourdonnette pendant 6 heures.. Notre seule force était notre solidarité réciproque. El pueblo unido jamas sera vencido ! ! ! Herisson FachéE A indymedia, aux médias, aux personnes intéressées, Répression des blocages du dimanche 1er juin au matin à Lausanne. Un appel international a été lancé depuis des mois afin de bloquer le G8, qui se réunit du 1er au 3 juin à Evian, sur Annemasse, Genève et Lausanne. A Genève, les ponts ont été bloqués pendant plusieurs heures, il en a été de même pour la route qui mène à Evian depuis Annemasse. A Lausanne, il s'agissait d'empêcher les délégations venant de Genève d'entrer dans la zone rouge où elles devaient prendre le bateau pour Evian. Tout groupe affinitaire pouvait s'organiser et choisir son mode d'action afin de rendre un maximum effectifs ces blocages. Mettons ici en évidence que jamais les médias n'ont parlé de cette volonté d'empêcher les délégations du G8 de se réunir, mais ont seulement focalisé leur attention sur les bris de verre. Quatre groupes se sont formés et se sont coordonés afin de mener ces blocages : l'Aqua bloc, qui a choisit un mode d'action totalement non-violent et pacifique ; le Pink bloc, qui a fait des blocages non-violents et festifs, au rythme de deux groupes de samba ; la critical mass, qui a circulé à vélo de carrefour en carrefour ; et l'anthracite bloc, qui a utilisé tout type de matériel afin de monter des barricades empêchant l'utilisation des carrefours. 4000 personnes ont participé à ces blocages. Ces quatre blocs sont solidaires les uns envers les autres et respectent les différents types d'action pouvant être menées pour ces blocages. Ces actions radicales font partie intégrantes du mouvement anti-capitaliste. Les blocages ont été clairs et effectifs : soit de forces humaines et physiques, soit à l'aide de matériel. Des cibles symboliques ont également été atteintes : les stations services e$$o et $hell qui soutiennent les guerres pour le pétrole, en Irak par exemple ; la migros au croisement av. de la harpe-av. cour, qui, comme supermarché parmi tant d'autres, écrasent les agriculteurs et les petits magasins. D'ailleurs, les habitants du quartier ont apparement beaucoup apprécié la redistribution de nourriture qui s'est faite après la visite de cette migros. Ceux-ci n'avaient d'ailleurs pas l'air aussi terrorisés que la presse voulait bien nous le faire croire... un hôtel qui vomit le luxe accumulé sur le dos des pauvres. Nous dénonçons les discours sécuritaires qui amalgament et mettent à un même niveau les atteintes aux personnes et aux marchandises. Ceux qui attaquent les humains sont en face de nous, à Evian : ils appauvrissent des population entières, exploitent la planète et ses habitantEs, attaquent les acquis sociaux. Voilà une violence contre laquelle nous luttons. De même, la violence policière que nous avons subie dimanche toute la journée est bien là pour protéger ces 8 tyrans. Ainsi, les actions de blocage durant la journée de dimanche ont été fortement réprimées, notamment pour l'aqua bloc, qui bloquait l'autoroute à Aubonne : une personne, suspendue sur un pont, s'est écrasée 20 mètres plus bas après qu'un policier ait coupé la corde qui le retenait alors même que des gens protestaient contre cela. Lors de ce blocage et ceux de Lausanne, beaucoup de personnes ont été arrêtées violemment et tabassées. La police a encerclé le camping de la Bourdonnette, a fait attendre 5 à 6 heures les gens en plein soleil, et plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées. Nous dénonçons la volonté affichée des autorités : terroriser les manifestantEs pour les dissuader de participer à de nouvelles manifestations et isoler les éléments les plus radicaux. Nous appelons ainsi à un rassemblement, mardi 3 juin, à 10h, à la place de l'Europe, afin de protester contre la répression et le G8. Nous remercions les habitantEs de la Bourdonnette et toutes les personnes qui, à la place de Milan, ont choisi de faire preuve de solidarité, avec les gens des campings de la Bourdonnette et de Dorigny, attaqués par la police tous les deux l'après-midi même, en venant les rejoindre malgré le désaccord du comité anti-G8. SOLIDARITE AVEC TOUTES LES PERSONNES ARRÊTEES A ANNEMASSE, GENEVE, LAUSANNE ET AILLEURS. G8 casseurs à Evian... NO G8 United colors of blockade Lausanne : des pinks & blacks témoignent et revendiquent des participant-e-s aux black & pink blocs, 04.06.2003 http://ch.indymedia.org/fr/2003/06/10789.shtml Communiqué - les actions de blocage et manifestations du 1ier juin à Lausanne vues par des participant-e-s aux blocs pink et black : récit des événements, revendications et réflexions. (toute traduction de ce texte est la bienvenue) Ce communiqué a été réalisé par un-e participante au pink bloc et un-e participant-e au black bloc, blocs formés le dimanche 1ier juin 2003 à Lausanne, dans le but de perturber le sommet du G8 et ses complices. Attention ! Ce communiqué n'a valeur que de témoignage individuel et subjectif et ne devrait en aucun cas être pris comme une parole collective ou un communiqué du pink and silver bloc ou du black bloc. Il s'emploie notamment à dénoncer un certain nombre de mensonges hystériques des médias et des leaders de la gauche réformiste, ainsi qu'à expliquer les actions menées à Lausanne en les contextualisant et en redonnant les objectifs politiques. Il ne devrait être pris comme une relation exacte et objectif des faits, mais s'efforce dans la mesure du possible de recouper et vérifier différents témoignages individuels.Le contexte :Lausanne était avec Genève et Anemasse un des trois points clefs de blocage et de perturbation du G8 : une partie des délégations de divers pays et personnels techniques y étaient logés. D'autre par, le parcours entre Genève et Evian par Annemasse devait être massivement bloqué par les manifs et il avait donc été décidé d'acheminer un grand nombre des délégués de Genève à Lausanne par la route jusqu'au port d'embarquement d'Ouchy, pointe sud de Lausanne, depuis lequel ils seraient ensuite acheminés en bateau jusqu'à Evian en traversant le lac Leman. Pour ce faire, l'autoroute entre Genève et Lausanne devait être fermée et n'être utilisée que pour des convois spéciaux et escortés de policiers. La zone sud d'Annemasse bordant Ouchy avait été déclarée zone rouge, barricadée et protégée. Les délégations pouvaient arriver de Genève, et de Lausanne à Ouchy par seulement quelques voies d'accès, en passant soit par l'ouest, soit par le centre, soit par l'est de la ville. Suite aux initiatives des militant-e-s anti-G8 lausannaisEs, deux camps avait été mis en place. L'un, la bourdonette, installé par les autorités, l'autre, le "oulala c'village", un projet anticapitaliste et antipatriarcal squatté et autogéré sur les plages du lac, avec des structures médic ales, indymedia, un espace queer et de la musique. Des actions et manifestations avaient déjà eu lieu tout au long de la semaine précédant l'ouverture du sommet du G8 ainsi que des ateliers de simulation de manifestation, orientés autour des tactiques de blocages non-violents. Contrairement aux manifestations organisées par la gauche institutionelle à Lausanne et réduites à une contestation purement informative et symbolique du G8, les manifestations illégales de bloquage prévues pour le matin s'étaient données en commun des objectifs concrets de perturbation maximale du G8 : Avec pour une partie des manifestant-e-s, un objectif secondaire :
A Lausanne, il avait été décidé pour ce faire d'utiliser une diversité de tactiques de blocages et d'action et d'avoir différents blocs répartis sur les différentes artères clés de la ville. Ces tactiques devaient être complémentaires, se coordonner au mieux et déjouer la répression en agissant en plusieurs points en même temps. Il y avait notamment :
Ces groupes affinitaires étant des petits groupes de personnes qui se connaissent mutuellement, se font confiance et se donnent des objectifs particuliers d'actions et des techniques de protection du groupe face à la police. Ils avaient prévu au sein du cortège de communiquer et de se coordonner par divers moyens : signes, drapeaux, réunions de délégué-e-s des groupes afinitaires dit "spokes council", musique. Ces signes sont conventionnels à chaque manif et leur évolution est constante. Chaque groupe peut décider à n'importe quel moment de s'autonomiser du bloc. Cette tactique s'est vue pratiquée traditionellement par une partie des groupes autonomes et antifas allemands, et s'est vue redynamisée par des groupes anarchistes lors du contre-sommets de Seattle ou elle a très fortement contribué, en parallèle aux blocages non-violent, à empêcher l'ouverture du sommet. On la retrouve depuis un peu partout en Europe. L'organisation de ces actions et leur coordination se passaient notamment par des assemblées permettant à tout-e un-e chacun-e de s'intégrer et de s'impliquer dans la réflexion stratégique large. Au delà de cette structure globale décidée de manière ouverte et collective, nous étions bien A Lausanne semblait présider la volonté de casser les fausses frontières imposées par les médias et partis de gauche entre violence et non-violence, et d'obtenir une grande diversité d'actions dans un respect solidaire des choix de chacun-e. Par ailleurs, il s'agissait clairement de cortèges d'action directe, agissant indépendamment des grandes marches citoyennes. Récit des évènements :Le dimanche 1er juin, jour de l'ouverture du sommet, à 6h30 du matin et donc avant l'arrivée des premières délégations, plusieurs milliers de personnes se sont d'abord rejointes à l'est de la ville, près du camp de la bourdonnette, avec en tête de cortège, le pink bloc, puis le black bloc. Après un début de marche commune, les deux blocs se sont séparés au rond point d'une des arrivées de l'autoroute de Genève sur Lausanne. Le pink bloc (environ 2000 personnes) a alors continué sur la ville au son de la samba en longeant les zone jaunes et rouges, pendant que le blac bloc (environ 500 personnes) bloquait ce rond point en faisant tomber un arbre sur la route à l'aide de tronçonneuses, en démontant des palissades en métal et barrières de sécurité de l'autoroute et en enflammant des barricades. Le pink bloc s'était donné comme objectif complémentaire de bloquer les artères Est de la ville menant à l'embarcadère d'Ouchy. Le long de la zone rouge, les forces de police étaient encore assez peu nombreuses et semblaient prises au dépourvu et désorientées par cette offensive matinale et décentralisée. Si bien que de manière presque inespérée, il nous fut facile de rejoindre et de bloquer une des principales voies d'accès à Ouchy, ou quelques minutes encore auparavant, passaient des délégations. Le blocage dura un moment et comme à chaque artère le long de notre route, des barricades furent érigées par des manifestant-e-s. Répondant aux tentatives de passage à travers un cordon défendant la zone jaune, la police envoya de premiers jets d'eau. Apprenant que le black bloc était repoussé en direction du pink bloc par la police et souhaitant garder une certaine autonomie entre les deux groupes, le cortège se remit en mouvement pour laisser éventuellement ce carrefour aux prochains. Le but était alors d'atteindre la dernière grande artère d'arrivée possible pour les délégations du G8, à l'est de la ville. A divers moments dans le pink bloc, de rapides réunions de porte-paroles des groupes affinitaires pouvaient être provoquées par n'importe quel groupe et permettaient de prendre des décisions rapides et collectives sur la marche à suivre. Sur le parcours, des signes amicaux étaient faits aux personnes pendues à leur balcon à cette heure matinale et restées à Lausanne malgré la psychose orchestrée par les médias. Des tracts réalisés et distribués auparavant à Lausanne s'étaient attachés à dénoncer les mythes sur la violence des manifestant-e-s et à expliquer que les éventuelles destructions étaient ciblées sur des structures capitalistes et politiques et ne visaient ni elles et eux, ni leur maisons. Toujours aussi peu nombreuses, les forces de police, qui se confrontaient plus en arrière avec le black bloc, commencèrent plusieurs fois à former des débuts de cordons pour bloquer le passage du pink bloc, mais reculèrent finalement à chaque fois à l'arrivée du cortège. Pendant ce temps, la critical mass semblait bloquer avec succès d'autres voies de circulation. D'autre part, bien en amont sur l'autoroute, un groupe d'une trentaine de personnes s'étaient enchaînées tandis qu'un autre bloquait un pont avec deux personnes ayant passé une corde sur le pont et s'étant pendues en rappel de l'un et l'autre coté de la route. Une technique utilisée déjà plusieurs fois avec succès en Angleterre et qui peut exiger quelques heure de la police pour dégager la voie sans tuer les grimpeur-euses. Finalement, le pink bloc atteignit le croisement avec l'autoroute Est où cette fois un dispositif policier beaucoup plus important entravait le passage avec des canons à eau, camions militaires, fusils à gaz lacrymogènes et à balle en caoutchouc pointés. La samba continua à jouer face à la police. Mais la tension finit par monter et la police à généreusement asperger le cortège de grenades lacrymogènes. Divers chemins de retraite furent alors pris à travers bois et le long d'une rivière par certains groupes.. Au final, tout le monde se retrouva pour un nouveau blocage de carrefour un peu plus haut, alors qu'une partie du black bloc était pris en sandwich par deux cordons de policiers qui se rapprochaient et gazaient au fur et à mesure. Il fut alors décidé d'aller leur porter secours. Au final, les deux blocs finirent par se retrouver. Le black bloc, après avoir barricadé le premier rond point, avait décidé de bouger. Sur son parcours, un magasin Adidas, un concessionaire Alfa-romeo, 2 stations Shell et une station BP furent cassés. Certaines stations-essence contenant de l'alimentation furent pillées, ainsi qu'un Migros (chaîne de supermarchés suisse). A chaque fois, les produits et aliments furent redistribués à la population aux balcons et entre les manifestant-e-s, ou utilisés comme projectiles quand le contexte s'y prêtait. Les vitrines d'une boucherie furent aussi cassées et une inscription "go vegan" ("devenez végétalien") et "meat is murder" ("la viande est un meurtre") peintes. Une roulotte de chantier fut poussée et retournée en travers de la route pour barrer une voie d'accès. Les panneaux publicitaires et caméras de videosurveillance furent détruits ou utilisés pour faire des barricades. De nombreux slogans politiques furent peints sur les murs. L'hôtel de luxe "royal savoie" où étaient logées des délégations fut attaqué avec des fusées de détresse et des caillous. Des robocops finirent par arriver sur les lieux et jeter des lacrymos et reçurent quelques pavés en retour. Une voiture diplomatique fut cassée. Plusieurs chantiers furent pillés, du matériel récupéré tout le long du parcours et poussé dans de grands containers, une rue dépavée au pied de biche et les pavés disposés dans les containers et caddies. Une barricade enflammée géante à base de palissades de chantier fut érigée et gardée pendant un bon moment au carrefour d'accès à Ouchy. Il est à noter que tout au long de la manifestation, ce bloc ne chercha pratiquement pas la confrontation directe avec la police, ni même à répondre aux charges et jets de lacrymos, mais resta beaucoup plus dans une logique de mouvement. Le black bloc finit par être pris en sandwich sur une route, mais parvint à s'échapper par des chemins de traverse et à rejoindre le pink bloc qui tentait de le secourir. A ce moment-là, des communications avec les blocages de Genève et Annemasse semblèrent confirmer que le sommet et l'arrivée de pluisieurs délégations, dont la délégation américaine et des groupes de traducteur-euses avaient été rétardés. Il était alors environ dix heures trente, nous avions réussi à longer toute la zone d'accès à Ouchy et l'entousiasme général était à son comble. Il est évidemment difficile de mesurer l'impact réel des blocages dans un contexte chaotique où les autorités s'étaient fait un point d'honneur à ne pas avouer une certaine impuissance et à ne laisser filtrer aucune perturbation. Néanmoins, il semble très vraisemblable qu'à Lausanne, l'impossibilité de sécuriser la zone d'accès à Ouchy, les différents types de blocages, barricades et les mouvements constants des blocs rendirent pendant quelques heures très difficile le passage des délégations. Ceci semble avoir été confirmée par les personnes branchées sur les ondes radios de la police. Au final, avec une coordination sur trois villes et d'autres blocages réussis à Genève et Anemasse, ces actions furent un beau pied de nez à un dispositif de sécurité policière que les organisateurs du G8 et l'Etat suisse voulaient infaillibles -- même si les médias préférèrent évidemment ne pas en parler et focaliser l'attention publique ailleurs en racontant n'importe quoi sur les soit-disant "casseurs". Dès lors, à Lausanne, la police s'employa constamment à repousser à l'extérieur de la ville le pink et le black bloc en gazant systématiquement et en bloquant les autres artères. Le dispositif policier reconduisant le cortège était alors impressionant avec un grand nombre de camions et canons à eau, des policiers anti-émeutes allemand venus en renfort, et des troupes des divers cantons suisses. Le nombre de policiers était plus important que le nombre de manifestant-e-s. Une dernière tentative de se lancer sur l'autoroute fut faite mais repousée. Il était alors aussi beaucoup plus difficile de se concerter et de prendre des décision en grand cortège. Au fur et à mesure, des groupes s'étaient dispersés ou esquivés à divers points, mais une partie du cortège finit par parvenir au campement de la bourdonette qui fut peu à peu encerclé par les forces de police. Face à cette menace, les 400 personnes présentes se réunirent en cercle, s'assirent et décidèrent qu'au vu du rapport de force, ils et elles ne pouvaient plus faire grand chose à part résister solidairement et sans provoquer de déchaînement de violence de la part de la police. Entouré-e-s par un cordon policier dans un espace restreint, le chef local de la police essaya de diviser les manifestant-e-s en demandant des responsables, puis en disant que soit les gens acceptaient de venir un par un donner leurs papiers, soit ils venaient tous nous arrêter. Tout ceci lui fut énergiquement refusé par la foule qui essaya de gagner du temps en traduisant tout en 4 langues, en posant un tas de questions bidons et en demandant l'arrivée d'observateurs neutres. Au final, plein de journalistes officiels et indépendants arrivèrent, ainsi que des observateurs agréés et l'équipe légale. Les flics ne pouvaient plus faire n'importe quoi et étaient observés et photographiés sous tous les angles. Au bout d'une heure en plein soleil, les arrestations progressives commencèrent et durèrent environ cinq heures. Tout le monde se tenait, huait la police, lui crachait au visage et de nombreuses personnes s'accrochèrent, se firent traîner et résistèrent au mieux si bien que le rythme des arrestations était extrêmement lent et fastidieux. Pendant ce temps, la police avait interdit la manif officielle qui devait se dérouler l'après-midi, mais les gens se réunirent malgré tout au centre-ville. Et une foule de plusieurs milliers personnes décida de braver l'arrestation vers 16h. Au bout de quatre heures interminables, l'extraordinaire bonne humeur, solidarité et détermination des personnes encerclées à la bourdonette finit par payer et la police, après avoir réussi à embarquer une centaine de personnes, abandonna et se retira -- sous les cris de joie des restant-e-s. Il semblerait d'une part que la police n'ait pas le droit de détenir plus d'un certain nombre d'heures des personnes sans pouvoir contrôler leurs papiers, et d'autre part que l'arrivée du cortège du centre-ville à la bourdonette ait hâté leur départ. Vers minuit, la grosse majorité des interpellé-e-s étaient relâché-e-s sans suite, à l'exception d'une dizaine de personnes. D'autre part, l'intervention policière sur le pont d'autoroute bloqué par les deux personnes en rappel faillit se solder par deux meurtres puisque malgré les avertissements des autres militant-e-s présent-e-s sur le pont, un policier vint couper la corde et provoquer la chute de vingt mètres d'une des personnes suspendues, tandis que le brin de corde de l'autre était retenu de justesse. Par un coup de chance miraculeux, il semblerait ce militant n'ait que deux jambes et des vertèbres cassées et ne souffre pas de paralysie. Dès le lendemain, les médias et politicien-ne-s déversèrent leurs habituels mensonges et s'employèrent à créer des mythes sur ces manifestations et les "casseurs". Mythes qu'il s'agit encore une fois de démonter. Comme n'importe quel cortège, le black bloc peut être rejoint par des personnes moins réfléchies que d'autres dans leurs objectifs et leurs pratiques, ou se livrant à des actes dangereux ou stupides. Cette réflexion ne peut s'acquérir qu'au moyen de débats et pratiques collectives renouvelées, pas par la diabolisation de certaines tactiques et franges du mouvement. Leur stratégie n'est en aucun cas seulement confrontationnelle mais passe en bonne partie par des débats et diffusions d'idées sur des luttes extrêmement variées mais reliées. Ces luttes peuvent concerner aussi bien le patriarcat, la liberté de circulation et les luttes au coté des sans-papiers, que l'écologie radicale, l'antispécisme, la solidarité nord/sud, la propriété intellectuelle, l'usage de logiciels libres, la création de médias indépendants et de maisons d'édition, les alternatives à la psychiatrie, à l'éducation autoritaire ou l'agriculture industrielle... Il s'agit, pour beaucoup, de personnes qui s'emploient généralement à déjouer les rapport de domination et la violence du système au quotidien. Même la gauche alter-mondialiste ou plutôt ses représentant-e-s auto-proclamé-e-s fait mine de croire que de grand spectacles inoffensifs et récupérés par le pouvoir feront autre chose que de le renforcer. Face aux discours citoyennistes d'Attac, des trotskistes et de toute la gauche institutionelle qui s'est depuis quelques années largement emparée de la dynamique des contre-sommets et l'a déjà fortement neutralisé, il est temps de rétablir quelques vérités :En guise de conclusion provisoire, beaucoup de gens semblaient tirer un bilan positif de la variété, de la maturité et de l'impact des actions menées à Lausanne. Reste à tirer un bilan à plus long terme de la gestion collective de la répression, de ce que retiendra la population locale deces manifestations et des éventuels retours négatifs sur les militant-e-s locaux. On peut aussi tirer un bilan plutôt enthousiasmant des pratiques d'autogestion et de rencontres popularisées par les divers campements de Lausanne et d'Annemasse. On ne peut s'empêcher néanmoins de soulever des doutes sur le fait de continuer à mener systématiquement ces actions dans le cadre de "contre-sommets" tel que celui du G8. Leur potentiel de surprise, de perturbation, leur faculté à promouvoir de nouvelles idées politiques et un discours radical est le plus souvent menacée. Les dispositifs policiers sont par ailleurs de plus en plus habitués et efficaces. C'est en ce sens qu'il est primordial de continuer à inventer d'autres formes de convergences, d'actions et d'autogestion, localement et au quotidien. C'est en ce sens aussi qu'il nous faut apprendre à communiquer et expliquer beaucoup plus chacune de nos actions. Solidarité avec tou-te-s les inculpé-e-s du G8 ! N'oublions pas le travail anti-répression, il doit être maintenant l'affaire de tou-te-s celles et ceux qui étaient présent-e-s à ces manifestations. A bas toutes les prisons ! Ne croyons jamais la presse bourgeoise, vivons et diffusons nous-même nos expériences et nos idées ! N'oublions pas de nous amuser et de ne pas trop nous prendre au sérieux ! 02/06/03 - un-e participant-e au pink bloc, ainsi qu'un-e participant-e au black bloc anti G8 de Lausanne |
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