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L' Action Populaire Contre la Mondialisation (APCM) :
bilan du G8 à Evian... et un débat à mener sur la violence

GLOBALEMENT, NOUS SOMMES D'ACCORD AVEC TOUT CE QUI EST DANS CE TEXTE.

jeudi 31 juillet 2003


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Sarclo, c'est notre Manu-Chao à nous, mais lui ne demande pas un cachet de € 12'000.-- pour faire un petit concert chez les alternatifs.


  • Quatre " villages "
  • des douzaines de débats et conférences
  • 9 manifs (y compris une de 100,000 personnes)
  • plus de 5000 personnes dans une douzaine d'actions de blocage coordonnées tout autour du lac qui ont arrêté la circulation sur toutes les routes vers Evian le matin de l'ouverture
  • et quatre nuits d'affrontements dans la ville.

    Clairement, la tentative de ramener les sommets au centre de l'Europe a été défaite. Evidemment, les chefs d'Etat sont arrivés par hélicoptère, mais une partie de leurs délégations (et des journalistes) sont arrivés avec des heures de retard.

    Quant à la réception officielle de Bush par le président suisse, ce projet a été tué dans l'œuf par la menace d'une marche massive sur l'Aéroport de Genève.
    Surtout, le coût du sommet s'est révélé prohibitif tant en termes d'argent dépensé pour la sécurité, qu'en termes de manque à gagner et dérangements pour la population du bassin Lémanique.

    L'aspect négatif a été un certain nombre de destructions indiscriminées, qui dans quelques cas auraient pu mettre en danger des vies humaines, ont amorcé des divisions profondes dans le mouvement et posent des questions sur comment ce genre d'événements pourront être organisés à l'avenir.

    Franchement, cela ne s'annonçait pas si bien au départ

  • Les coordinations internationales de préparation étaient peu suivies
  • l'aile plus radicale du mouvement en particulier brillant par son absence.

    Le scénario initial prévoyait que la manif se passerait en rase campagne, le samedi AVANT l'arrivée du G8 (pour faciliter les déplacements, pour attirer la Confédération Européenne des Syndicats…), abandonnant ainsi complètement le principe fondateur du mouvement - l'action directe cherchant réellement à empêcher, ou au moins perturber, les sommets - et permettant l'isolement et la répression de ceux et celles tenant à agir le dimanche.

    Heureusement, le débat a permis un consensus plus satisfaisant : Puisqu'il était manifestement impossible d'atteindre Evian (40 kilomètres en pleine campagne), ou même sa zone d'exclusion, la coordination a décidé que l'effort pour perturber matériellement le sommet prendrait la forme (comme à Seattle) d'un blocage de toutes les routes d'accès depuis l'aéroport de Genève utilisables par les délégations et médias (les chefs d'état voyageant évidemment par hélicoptère).

  • La manif principale débuterait le matin de l'ouverture du G8 et participerait elle-même (même si de manière largement symbolique) au blocage en étalant ses deux tronçons depuis le lac jusqu'à la montagne (bloquant ainsi les accès par le sud).
  • Une deuxième manif bloquerait l'accès nord via Lausanne et les ferries.
  • La coordination internationale appelait aussi toutes les organisations qui le voulaient à participer aux actions avant et après la manif devant rendre effectif le blocage des accès.

    La combinaison des deux formes d'action était conçue en termes de respect pour la " diversité des tactiques " et une volonté de ne manipuler personne : une manif de masse pacifique voulue par une énorme majorité (les réactions des manifestants le jour même ne laissent aucun doute là-dessus !), mais étroitement liée à des blocages plus déterminés pour ceux et celles voulant s'y engager.

    Aucune proposition d'action de type " Black bloc " n'a circulé sur les listes avant la manifestation et il semblait exister un consensus assez large sur le fait qu'elles n'étaient pas indiquées immédiatement après Gênes. Le Forum Social Lémanique (FSL) soutenait que " s'il est vrai que certaines destructions matérielles peuvent être comprises comme un acte politique par un large public quand elles sont précisément ciblées et expliquées (destruction de plantes transgéniques, par exemple), des destructions plus ou moins généralisées lors du G8 serviraient surtout à accréditer l'amalgame entre manifestants et "hooligans " et occulter la volonté politique des manifestants de s'opposer au sommet."

    Cela dit, il a refusé de condamner d'avance d'autres formes d'action et à prévu une solidarité avec l'ensemble des manifestantEs par rapport au travail de défense juridique. La coordination s'est aussi déclarée solidaire avec toutes les autres actions ou manifs non-violentes (manif " no border ", etc.) pouvant être organisées par d'autres pendant cette période.

    Rétrospectivement, on peut critiquer le fait qu'on ait abandonné aussi rapidement la revendication politique de manifester à Evian, même si - militairement parlant - il aurait été catastrophique d'essayer d'y parvenir de force. Un siège de l'aéroport de Genève aurait été plus envisageable, mais une telle proposition (une vraie déclaration de guerre par rapport aux autorités) manquait singulièrement de défenseurs autant dans la coordination que dans les rencontres plus radicales. La politique reste l'art du possible, concerté avec les acteurs(trices) qui veulent bien s'avancer pour défendre un point de vue !

    Les critiques les plus justes de cette préparation nous semblent être

  • a) de ne pas avoir fait plus d'efforts pour faire connaître les propositions à l'étranger, y compris dans les milieux qui ne participaient pas aux préparatifs

  • b) d'avoir perdu un temps et une énergie énorme dans des négociations continuelles et généralement dérisoires (emplacement de parkings, etc.) avec les autorités, qui projetaient de plus une image ambiguë des coordinations et du FSL (confusion idéologique avec l'Etat que nous combattons, négociation sur le terrain de l'ennemi, quasi cogestion ( ?) logistique de l'anti-G8), sans pour autant arrêter la campagne alarmiste des médias. Succombant en partie aux pièges de la négociation avec les autorités dans l'organisation et la logistique de l'anti-g8, il n'a pas pu libérer un terrain de débat avec d'autres forces militantes plus radicales. Comme les camarades anti-WEF l'ont appris, mieux vaut fixer d'avance deux ou trois dates de négociation au maximum et s'en tenir là

  • c) le manque de la part du FSL d'une forte campagne au niveau local, celui-ci devant compter sur les médias pour mobiliser.

    Juste avant, on redoutait un flop retentissant :

  • Les grandes organisations françaises se sont révélées peu enthousiastes ou totalement accaparées par l'énorme mouvement de grèves pour sauver les retraites et l'éducation publique.

  • Les activistes italiens annonçaient seulement quelques centaines, plutôt que les milliers que nous avions imaginés.


    En Suisse, une campagne de peur extrêmement puissante des médias avait déclenché une réelle hystérie collective (par ex., des rumeurs type " A Gênes, on a attaqué les enfants dans les écoles( !) " ou des gens qui décidaient de ne pas quitter leur appartement tout le week-end.
    Il y avait même un épicier qui a barricadé son échoppe dans un village à 25 kilomètres de Genève !) .
    Toutes les banques, magasins de luxe, etc. (et beaucoup d'autres) ont été barricadés - parfois y compris le premier étage !

    Quelque 30,000 soldats et policiers suisses, français et allemands (et 80 hélicoptères) ont été déployés, alors que nos estimations pour la grande manif baissaient vers 30 à 50 mille… Enormément de Genevois - même de gauche - semblaient décidés à fuir.

    C'est alors que nous nous sommes rendu compte que la ville n'avait jamais été aussi belle

    Pratiquement pas de circulation et tous les endroits que nous n'aimons pas cachés derrière d'énormes palissades jaunes, que la créativité populaire (militants, tagueurs et enfants tous confondus) ont rapidement transformées en de centaines de dazibaos. Ceux-ci mêlaient humour, dessins et slogans (" Après le SRAS, la fièvre jaune ! ", une porte psychédélique là où on entrait normalement dans le siège des Banques Suisses, et sur ses fenêtres " Qu'avez-vous à cacher ? " ou encore " Y a du pain sous les planches !").

    Ensuite, les quatre " villages " alternatifs ( 2 en France, 1 à Lausanne et 1 à Genève) ont commencé de se remplir de milliers d'amiEs de toute l'Europe.
    A partir du jeudi, le rythme s'est accéléré avec des douzaines de débats et forums dans les villages et dans les villes.
    A Genève, il y avait entre autres un tribunal de la " dette " et deux semaines de véritables discussions publiques (idée à retenir !) organisées dans un parc : sur le genre, les biens communs comme alternative aux privatisations et aux services publics bureaucratisés, " l'anti-terrorisme " comme arme contre le mouvement et d'autres sujets, avec la participation de femmes d'une communauté zapatiste, de personnes du réseau de l'AMP du Canada (syndicat des postiers), des Etats-Unis, de Grande Bretagne, etc. Une des premières manifs a été une de " Malvenue " pour les premiers arrivés du G8 et des régimes vassaux à Lausanne. (Arabie Saoudite, Mexique, Chine, Brésil….)

    Vendredi, il y eu une manif No Border à Genève

    contre le libre mouvement des marchandises (OMC) et pour le libre mouvement des personnes (devant l'OIM, une organisation peu connue qui police les déplacements forcés des esclaves du capital autour du globe).

    Les participantEs ont généralement respecté l'appel des organisateurs pour éviter des actions dures susceptibles de brouiller le message politique contre l'IOM et de mettre en danger les grandes manifs à suivre.

    Par exemple, des manifestantEs cagouléEs ont réussi à ouvrir les grilles de l'OMC, mais se sont abstenuEs d'une attaque sur le bâtiment qui aurait provoquée un affrontement majeur avec la police.

    Par contre, il y avait déjà quelques mecs en queue de manif prêts à casser n'importe quoi, "n'importe pourquoi". Ils ont dû être retenus de s'attaquer à une pizzeria comme action contre… Berlusconi (pour une antimondialisation raciste ? ? ! !).

    Samedi soir fut pire.

    Cent à deux cents personnes cagoulées en noir, appartenant apparemment à plusieurs groupes, ont quitté un concert au centre alternatif de l'Usine (qui abritait aussi Indymedia) pour une attaque rapide (environ 40 minutes en tout) sur des " symboles capitalistes " au centre ville. Il y en a aussi eu, mais en réalité la destruction a été largement indiscriminée. Même une partie des participants ont été choqués du niveau (des douzaines de cocktails molotovs) et de l'imprécision de la violence. Le pire s'est passé dans le quartier populaire immédiatement à côté de l'Usine où il n'y avait aucun " symbole ". Des petits commerces, des épiceries, une crèche, toutes les voitures garées par là ont eu leurs vitres pétées. Un cocktail a été jeté dans une pharmacie au rez-de-chaussée d'un vieil immeuble d'habitation. Heureusement il s'est éteint, car avec l'alcool et autres produits présents, le feu aurait pu être assez violent pour tuer des personnes dormant au-dessus (dont une avait mis un drapeau contre la guerre sur son balcon)


    D'autres cocktails molotov ont été jetés dans les voitures de prolos parquées là et dans une station service (heureusement immédiatement éteint par un voisin avec un extincteur). Trois autres ont totalement détruit un petit atelier de réparation de vieilles motos à côté. Tout cela dans la même petite rue entre le siège de la coordination anti-G8 et l'Usine ! Un dernier cocktail molotov a été jeté contre une palissade à moins de 50 pas de l'Usine, ne servant strictement à rien sauf à marquer leur chemin comme le Petit Poucet…

    (Selon les gens d'Indymedia, les flics qui les ont violemment perquisitionnés le lendemain semblaient vraiment s'attendre à y trouver des traces du " Black Block " et sont partis très vite quand ils ont compris leur erreur. Il est vrai qu'une partie des cagoulés avaient eu le tact de quitter l'Usine par la sortie utilisée par Indymedia, déjà masqués et équipés.)

    Bien sûr, tout ça n'a strictement rien à voir avec une réelle pratique " Black Block " et semblait tellement bien calculé pour incriminer le mouvement - et en particulier l'Usine et Indymedia - que le Forum Social Lémanique (FSL) (qui en principe ne voulait pas s'ériger en censeur d'actions sortant du " cadre ") a immédiatement condamné ces actions et a posé la question d'une éventuelle manip de l'extrême droite ou la police (qui n'est pas intervenue). C'était encore l'interprétation la plus positive !



    D'ailleurs, même si des gens du mouvement étaient impliqués dans ces actions d'une bêtise criminelle, cela ne signifie pas qu'il n'y avait pas manipulation aussi.

    Ou est-ce qu'il y avait simplement des gens si ivres du pouvoir de la violence qu'ils voulaient éclater leurs cocktails sur n'importe quoi avant de retourner vers l'Usine ? Ce serait encore pire.

    Près des voitures brûlées, un graffiti ("Burn cars ! "). Pense-t-on sérieusement lutter contre la civilisation de la bagnole en se faisant l'ennemi de tous les prolos qui aujourd'hui ont en besoin ? La démarche n'est-elle pas un tantinet élitiste et autoritaire ? En effet, selon certains, l'imprécision des destructions serait voulue. Une position situationniste ultra avant-gardiste jugerait que les destructions ciblées - par exemple de multinationales - seraient récupérées par la société du spectacle.

    La " vraie " rupture serait d'attaquer n'importe quoi participant de notre quotidien aliéné (comme si le spectacle de la violence aveugle n'était pas justement le pain quotidien de la société du spectacle, et comme si la peur de cette violence n'était pas le ressort des politiques sécuritaires !). Espérons (en attendant une revendication ?) qu'ils étaient simplement trop beurrés pour réfléchir. Ce serait moins con.

    Blocages magnifiques !

    La proposition a été reprise de façon superbe. Dès 5H, plus d'un millier de personnes (de toutes les tendances politiques) ont bloqué les six ponts, divisant Genève en deux. Lever du soleil sur la rade genevoise et le quartier des banques - la carte postale de leur domination tranquille - hérissés de barricades !
    Le long d'un quai, une colonne, drapeaux rouges et noirs au vent, accourt renforcer un pont menacé par la police, en scandant le bien connu " A ceux qui veulent dominer le monde, le monde répond : Résistance ! ". On croyait rêver ! En France, environ 2000 ont marché depuis les " villages " français jusqu'à un carrefour stratégique du côté d'Evian, où ils ont résisté aux gaz de la police venue les déloger.

    A Lausanne, environ 3000 personnes ont organisé un bloc " Pink ", un bloc "gris " qui érigeaient des barricades, un bloc mobile à vélo et un blocage non-violent de grimpeurs sur l'autoroute (où la police a failli tuer Martin Shaw en coupant sa corde). Ensemble, ils ont constitué une résistance déterminée et réussie sur l'a route d'accès principal d'Evian.
    En effet, ils ont réussi à retarder l'arrivée du premier convoi de délégations, qui a quitté l'aéroport à 9H. Les autorités ont attendu 10H30 pour faire partir le deuxième convoi (quand les blocages de Lausanne étaient en voie d'être nettoyé) et ont dû faire appel à des hélicoptères supplémentaires. Le dernier convoi de délégations est parti à 13H, nettement en retard sur l'horaire.

    A Genève, l'objectif des blocages a été respecté par tous, y compris les groupes cagoulés, qui se sont abstenus de casser pendant cette action. A Lausanne, une bonne partie du bloc " gris " a aussi joué le jeu, intervenant même pour décourager les actions sortant du cadre.

    Cependant, il y a eu des exceptions remarquablement stupides. Une petite boucherie italienne a été cassée et gratifiée du graffiti " Meat = murder ". Comme pour les voitures brûlées, un bel exemple d'intolérance élitiste. C'était aussi un manque de respect pour la manif elle-même et l'expression collective qu'elle représente.

    La destruction matérielle - comme toute forme d'action forte - est une façon d'exercer un pouvoir, car elle parle d'une voix plus forte que ceux et celles qui se contentent de marcher ou porter une banderole.

    De telles actions, centrées par les médias ou vus par les passants le lendemain, déterminent en grande partie le sens donné à la manif entière.

    Pour cette raison, même l'utilisation de formes d'actions fortement rejetées par une majorité d'une manif est souvent considérée comme manipulatrice et autoritaire. Mais si même le message politique de l'action n'est pas partagée par le reste de la manif, de telles actions sont carrément staliniennes ! Certaines personnes peuvent ne pas apprécier une attaque sur un Mcdo pendant une manif, mais au moins ils se reconnaissent dans le fond. Par contre, tant que les végétariens n'ont pas convaincu les cannibales formant la majorité du mouvement, ils n'ont pas à nous imposer leur truc !

    Ce n'est tout simplement pas une valeur partagée.

    Une manif n'est pas une sorte buffet canadien où chacun peut casser n'importe quoi qui lui déplaît ! Elle peut être diverse, mais elle demeure l'expression d'un message collectif.

    Qu'il soit même nécessaire de le dire montre à quel point le capitalisme nous a rendu individualistes.

    Une manif énorme et déterminée

    Les blocages genevois ont été peu à peu remplacés par la manif transfrontalière entre Genève et Annemasse. A l'heure où pouvait arriver les cars de manifestants , la fonction de blocage était surtout symbolique, mais l'idée était d'avoir un événement où tout le monde - nouveaux venus au mouvement, vieux et familles y compris - pourraient participer et exprimer le refus très large du cours actuel. Et 100 000 personnes, un record absolu pour la région, l'ont fait. Malgré une campagne hystérique d'intimidation dans les médias, les Genevois sont venus en masse. Malgré les efforts investis dans les grèves, des dizaines de milliers se sont mobilisés de groupes de base de toute la France. Dans les deux cas, il fallait être déterminé, et cela se sentait dans la manif. Les gens étaient ravis d'être là.

    Bien que cela n'a pas vraiment gâché la manif, ici aussi certains des jeunes " radicaux " dont nous nous sentirions normalement les plus proches ont agi avec un grand manque de respect et de finesse politique. D'abord, il y en avait qui voulaient casser une petite poste de quartier (une que les habitantEs sont en lutte pour préserver !) Pourquoi ? ? ! ! Est-ce que Poste = Etat pour quelques "anarchistes" un peu simplets ?

    En tout cas, sur 100 000 manifestantEs, 99,9% pensent certainement qu'il faut défendre les services publics, même si cela est bien sûr insuffisant. Alors comment est-ce que quelques dizaines de personnes peuvent prétendre imposer leur message à la place de - et carrément contre - celui de tous les autres (et en plus être étonnés qu'on les rejette) ? Est-ce cela, la société moins autoritaire, plus " horizontale " et respectueuse que nous tentons de construire ?

    C'est finalement beaucoup moins la violence en soi, que l'élitisme suffisant et intolérant qui est à critiquer dans beaucoup de ces actions.

    Alors qu'il s'agit de mobiliser l'énorme majorité qui condamne et qui souffre de la situation actuelle, elles affichent le mépris et l'intolérance pour toutes les personnes qui se sentent obligées d'avoir une voiture, qui mangent de la viande, qui veulent défendre les services publics... Ca commence à faire beaucoup de monde ! De quoi s'enfermer dans une minuscule minorité de " purs " un peu désespérés, car comme ça on n'a effectivement aucun espoir de changer les choses.

    A la fin de la manif, une station BP a aussi été attaquée. Ici au moins, l'objectif était justifiable. Malheureusement, alors que toutes ces actions étaient très bien préparées techniquement, personne ne s'était soucié de faire le moindre " flyer ", par exemple pour lier la BP aux paramilitaires colombiens ou aux catastrophes environnementales.

    C'est comme si ceux / celles qui font ces actions ne tiennent pas à - ou n'espèrent pas - les faire comprendre.

    Comme s'il s'agit plus de s'identifier à une position ou groupe radical que de vraiment essayer de gagner cette guerre contre le capital !

    Cela est vraiment tragique, car il se trouve que nous vivions un de ces rares moments historiques où nous avions une petite chance de gagner !
    L'action directe peut être acceptée et même populaire quand elle est vue comme un acte de légitime défense (ou de légitime offensive !). Mais pour ça il faut se débrouiller pour que l'action soit effectivement vue comme légitime ! Si on ne participe pas à la préparation, si on n'explique rien, si on apparaît cagoulé et on ne réagit aux critiques que par un bras d'honneur ou une menace… il ne faut pas s'étonner d'être rejeté et isolé. A part cela, ils auraient pu se demander si c'était une bonne idée d'essayer de brûler une station service à côté d'une foule de 100 000 personnes, où une intervention de la police ou des pompiers auraient pu provoquer de vrais problèmes.

    En tout cas, la manif a absolument hurlé sa rage contre ces actions. Quelques manifestants (sans doute " non-violents " ! !) ont même poursuivi et attaqué des cagouléEs. Evidemment, un groupe peut toujours prendre la responsabilité de contribuer par une action, mais quand elle est aussi totalement rejetée par la manif à laquelle elle est censée appartenir, il est clair qu'on a fait une grosse gaffe politique. La réaction de la foule a bien montré qu'il aurait mieux valu respecter l'esprit de cette manif particulière, explicitement conçue pour le spectre le plus large possible et qui de plus n'offrait pas de " cibles ".

    Toutes les manifs n'ont pas obligatoirement à casser quelque chose. Il existe d'autres formes d'expression ! L'imposer de façon systématique, obtus et autoritaire rendra rapidement la condamnation de toute destruction matérielle extrêmement populaire dans le mouvement !

    Apres les " casses " du samedi soir, ces actions et les confrontations parfois violentes avec le service d'organisation et les autres manifestantEs ont provoqué une polarisation et des divisions inquiétantes, certaines personnes en principe du mouvement appelant quasiment à l'intervention de la police dans les manifs pour en extirper les " violents", la caricature du pacifisme faisant miroir à celle de l'action directe ! Avec un peu de mauvaise volonté, la baraque serait vite cassée.

    Pourtant, une occasion plus populaire pour la bagarre n'était pas loin.
    Alors que la manif rentrait sur Genève, la police l'a attaquée (blessant gravement un photographe avec une grenade explosive), déclenchant une longue soirée d'émeute et pillages. Aux dires d'un policier outré : "Toutes sortes de personnes s'y sont mises ! Dans une rue il y avait du black block, mais dans une autre c'était des manifestants ordinaires ou des jeunes des banlieue ou même des genevois ordinaires. C'était comme si tout le monde était devenu fou ! Et tout ça mélangé avec des badauds innocents, alors on ne pouvait rien faire."

    Une des photos plus drôles montre un homme d'âge mur portant négligemment un pull sur les épaules - avec l'antivol encore attaché.

    De l'avis général, ces débordements, spontanés et populaires , n'avaient rien à voir avec ceux de samedi.

    Ils traduisent d'abord la fragilité et le caractère contraint du " contrat social " tenant en respect une grande partie de la population, par rapport à l'entassement insolent de richesses dans les rues du centre, en particulier pour une frange de plus en plus grande de jeunes prolétaires sans perspectives. (Le fait que les plus mal lotis des prolétaires genevois viennent d'une banlieue techniquement "française" ne fait évidemment qu'augmenter le gouffre entre leurs revenus et les objets qu'ils ont été conditionnés à désirer.)

    La présence massive de la police (pas trop grave pour le citoyen lambda, même de gauche), celle qui leur fait sentir quotidiennement leur statut de quasi-sans-droits, représentait probablement pour eux très concrètement toute la violence du système. Face à l'attitude provocante de la police, quelques milliers de larrons ont fait l'occasion.

    Les responsables du samedi soir prétendraient peut-être avoir contribué à cette explosion populaire. C'est possible, mais c'est plus que dommage que leur action ait été bien plus indéfendable politiquement que celle - spontanée - des jeunes " apolitiques ", contribuant par avance à criminaliser celle-ci.

    Lundi, le réseau contre la privatisation de l'eau a organisé une manif et sit-in pendant plusieurs heures devant l'OMC.

    Après avoir (peut-être intentionnellement) laissé totalement faire lors des événements violents du week-end, la cheffe de la police a décidé de faire un exemple. Des dizaines de flics allemands et suisse-allemands ont bloqué une manif parfaitement inoffensive sur le pont principal de la ville, pendant que deux autres anneaux concentriques de robocops quadrillaient le quartier populaire entre le lac et la gare. La manif sur le pont a refusé calmement mais fermement la fouille ou l'arrestation, soutenue par des négociateurs du FSL et des parlementaires. Le temps passant, de plus en plus de personnes de toutes sortes se sont accumulées dans les rues adjacentes, curieux, en solidarité avec la manif sur le pont ou simplement irritées par l'occupation policière. Des musiciens de rue se sont mis à jouer, la police à essayé de disperser la foule et soudainement tout le quartier était une autre manif, spontanée et fantastique. Pas beaucoup de destruction, l'ambiance ce soir-là était plutôt à jouer à résister à la police, qui de leur côté ont fourni lances à eau, gaz, balles en caoutchouc et charges inefficaces. Vers minuit, la police a enfin libéré la manif retenue sur le pont.

    Mardi, une petite manif a essayé de marcher vers la TV pour protester contre la répression

    ,mais les débuts de " soulèvement " populaire de dimanche etlundi avaient, à juste titre, effrayé et enragé la droite. Tout regroupement de plus de 5 personnes a été déclaré illégal et c'étaitau tour des flics de faire l'émeute. Robocops et flics en civil masqués déguisés en " black block " ont râtonné tous les jeunes dans le quartier. Mini état de siège à Genève ! Ils ont même filmé l'assemblée d'urgence du FSL depuis les toits d'en face, au cas où…

    Enfin, vendredi le FSL a réussiàtenirunemanifestation-courte !-pour braverl'interdictionde manifester. Bref, c'était encore un " sommet " du mouvement, d'une densité incroyable. Des milliers de personnes contribuant toutes sortes d'énergies et idées pour faire se réaliser tous ces débats, villages, manifs, etc. Au total, sans doute des millions de discussions et de réflexions sur ces quelques mois.

    En tout cas, ce n'est pas demain qu'un sommet de l'OMC va se (re)faire à Genève ! Le mouvement est bien vivant et, malgré les violences (évidemment le seul sujet pour les médias), il est encore bien considéré dans la population - y compris par des personnes qui ont eu leurs vitres pétées. Mais cela est

    aussi dû au fait que la plupart des gens font une distinction entre le mouvement et les " casseurs " - et cela devrait inquiéter la frange " radicale".

    A l'intérieur du mouvement aussi, il y a un groupe grandissant qui ont tendance à rejeter toute " violence " à partir de certaines bavures indéfendables. Par exemple, pour le G8 il n'y a pas eu un gros problème pour accepter la présence de personnes cagouléEs dans les manifs. Ce ne sera probablement pas le cas la prochaine fois, à moins que les organisateurs puissent savoir à peu près qui c'est et quelles sont leurs intentions politiques. L'âge d'innocence du mouvement est peut-être terminé.

    La " diversité des tactiques " dans le mouvement ne signifie pas qu'on peut faire n'importe quoi, n'importe quand. An contraire, elle suppose un respect pour les différents espaces et moments dans lesquels différents types d'actions sont organisés. Cette diversité correspond à l'énorme diversité de situations sociales (et de genre) des participants du mouvement. Les jeunes radicaux ne peuvent s'attendre à ce qu'on respecte leur vécu et formes d'expression s'ils ne respectent pas ceux des autres. C'était le mépris et le m'en foutisme de certains pour les autres (pour Indymedia, pour les manifestants pacifistes, pour les prolos genevois) qui ont choqué plus que la violence en soi.

    La diversité des tactiques dans un mouvement large suppose aussi que les actions " dures " soient raisonnablement précises, justifiables et justifiées - comme elles l'étaient à Seattle, Prague, etc. Si elles dégénèrent en une perspective de type " No justice, alors foutons la merde tous azimuts ! " (un graffiti disait "They burn the world, let's burn all the cities") le mouvement se divisera. Le pouvoir n'attend que ça. Les éléments les plus radicaux seront alors criminalisés, emprisonnés et écrasés - comme dans les années '70. L'aile moins radicale sera re-absorbée dans le régime. Ne faisons pas balbutier l'histoire !

    L'anti-G8 était un événement énorme et merveilleux. Sans doute cette évaluation donne une place disproportionnée aux problèmes, mais il est vital que le mouvement discute très sérieusement - au-delà des simplifications habituelles pour ou contre " la violence " - les dérapages graves, notamment ceux de samedi soir, survenus à Genève.

    Cette fois-ci, c'est "nous " qui aurions pu tuer quelqu'un ! Chez certainEs, il semble qu'il y a eu à la fois escalade des moyens, abandon de tout effort pour être compris et donc élargissement des " cibles " pour inclure à peu près n'importe quoi. Une fuite en avant plus désespérée-nihiliste que libertaire.

    Si de telles actions continuent, on ne trouvera plus de collectifs capables et disposés de prendre la responsabilité de convoquer de grandes mobilisations, ou alors seulement en s'entourant de précautions sécuritaires qui élimineraient toute la charge subversive du mouvement.

    A ce propos, il s'agit aussi de susciter le débat et l'auto-critique à l'intérieur du mouvement quant à la pratique de la coordination et du FSL dans l'organisation de l'anti-G8 : la confusion des rôles dans la cogestion, le manque de clarté idéologique peut-être, le manque de pratique militante sans doute et les erreurs dans le rapport par nature pervers avec les médias dominants.

    Il s'agit aussi de débattre et se ressaisir, pour préserver et la nature et l'unité du mouvement, après les dérapages de certaines déclarations de personnes du FSL en contradiction avec les engagements pris : condamnations élitaires des " casseurs " comme ne faisant pas partie du mouvement, regrets que la police n'aie pas mieux protégé le centre ville ( !), et -pire- proposition d'inviter la police au sein des manifs pour en exclure les cagoulés.

    Action Populaire Contre la Mondialisation (APCM)

    la position du webmaster d'Anti-g8 est en ligne depuis des semaines, elle rejoint celle de l'APCM et peut-être consultée ici :

    http://www.anti-g8.org/article.php3 ?id_article=163



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