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    Note de la hyène et de sa meute :
    Cet article est un don anonyme que nous avons reçu par courrier.
    et que nous ne pouvons garantir la véracité des propos et allusions contenus dans cette page.

    < http://www.minirezo.net/ecrire/article656.html >






    à l
     

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    Pour qu'uZine ne soit pas un dépotoir
    PETITE ANALYSE DES « IDIOTS UTILES »
    10 mars 2001
    • Arnolphe arnolphe@altern.org)
      Nouveau rédacteur
      Monstre tridimensionnel
    • Cracounette (cracounette@free.fr)
      Nouveau rédacteur

    L'article de Marc Laimé et Arno a déclenché moult réactions souvent violentes dans les forums. C'est assez compréhensible, puisque ses auteurs sont eux-mêmes au centre de ce qu'ils dénoncent : Arno, vieux dinosaure (pas mort !) du Web indépendant, allié avec Marc Laimé, un genre de jeune opportuniste qui, il y a quelques mois, disait encore les plus grosses bêtises sur le Web indé dans un hors-série du Canard Enchaîné, ça a de quoi déchaîner les passions et les jalousies !

    Malheureusement, l'article de Laimé et Arno était en fait peu explicite. Il ne fonctionnait que par allusions compréhensibles, a priori, uniquement des initiés. Paradoxalement, c'est sur les forums, et non dans l'article, que les langues se sont déliées et que l'on put lire quelques indices très intéressants. C'est à partir de ces infos, et de quelques autres sources que nous mentionnerons, que nous proposons notre propre analyse. Evidemment, un certain nombre d'informations nous manquent probablement pour parfaire les détails de ce petit essai.

    (NB : l'expression « idiots utiles » du titre provient de Marc Laimé lui-même. Nous l'avons reprise par jeu et par provocation.)

    Règlements de compte intra-Minirézo

    Marc Laimé et Arno disent : « Publication de livre, carrière de journaliste spécialisé, participation à des colloques, rapports réalisés pour des instances officielles, prise de pouvoir dans des associations, demi-jobs à demi-quart de plein temps pour aider les copains à prix d'ami, chroniques dans la presse, création d'associations, de coopératives « solidaires »... »

    Nous ne voulons pas juger ici si telle expression renvoie vraiment à un bénéfice personnel - chacune des actions évoquées a pu être menée dans un souci d'efficacité idéologique, comme par recherche d'un bénéfice personnel, ceci sans qu'on puisse de l'extérieur discerner la vérité avec certitude. Nous ne chercherons donc pas à trancher ce genre de questions, qui par nature implique d'être très proche des personnes concernées. Cependant, il semble, en creusant un peu, que la phrase sus-citée soit directement destinée à d'autres membres du Minirézo. Y a-t-il des dissensions ou des batailles d'influence au sein de ce petit groupe ? En tout cas, on constate que le rapprochement entre ces allusions et les activités de certains membres du Minirézo est relativement opérante :

    « publication de livre » : Mona Chollet, par ailleurs journaliste à Charlie Hebdo, a écrit Marchands et citoyens, la guerre de l'Internet. Peut-être d'autres membres du Minirézo ont-ils également publié des livres, mais celui de Mona Chollet est le plus récent à date de rédaction de cet article.

    « carrière de journaliste spécialisé » : là, on peut penser à Jean-Marc Manach, journaliste à Transfert, qui semble bénéficier pour son travail de ses relations au sein du Web indé (par exemple dans cet article, qui relate les mésaventures de Philippe Moreau, ancien membre du Minirézo - son expulsion étant mentionnée dans un message sur ce site). Mais on ne peut s'empêcher de songer également à Marc Laimé lui-même, puisqu'il a écrit une kyrielle d'articles dans uzine, et qu'une intervention dans le forum de l'article ici étudié nous apprend qu'il « n'omet jamais de faire la promotion (de ses articles, NDA) sur... des listes de discussions pour journalistes comme JListe et JournaLISTE. »

    « participation à des colloques » : s'agit-il de Sébastien Canevet, apparemment proche du Minirézo, qui participe régulièrement à des conférences sur la liberté d'expression sur le Web - et qui anime également le très bon site Le Chêne et Le Gland ? Arno également, ainsi que Valentin Lacambre (autre proche du Minirézo), ont pour habitude d'être invités ou de se faire inviter - souvent ensemble - dans ce genre de réunions.

    « rapports spécialisés pour des instances officielles » : là encore il s'agit probablement d'Arno (en tant qu'auteur principal d'Article 11 ?) et peut-être Sébastien Canevet.

    « prise de pouvoir dans des associations » : une pique acide à l'égard de Philippe Moreau, dont les démêlés avec la direction de la Ligue des Droits de l'Homme sont résumés dans l'article de Jean-Marc Manach lié un peu plus haut.

    « chroniques dans la presse » : Pierre Lazuly écrit, paraît-il, dans Politis (nous n'avons pas vérifié nous-mêmes, étant peu friands de ce journal).

    « création d'associations, de coopératives « solidaires » » : pour l'association, il s'agit visiblement d'Antoine Pitrou avec l'Autre Net, dont il a été président; quant à la coopérative, Olivier Zablocki est co-fondateur d'Ouvaton (Ouvaton et l'Autre Net sont deux projets d'hébergeurs indépendants de l'ère post-altern). Notons que tous deux sont démissionnaires de leurs projets respectifs (est-ce une tradition au Minirézo ?).

    Cependant, les activités citées ci-dessus sont, en elles-mêmes, à notre avis peu répréhensibles. Elles le deviennent, bien évidemment, si elles s'inscrivent dans un plan de carrière consciemment réfléchi - ce sur quoi nous nous sommes gardés de statuer. La suite est plus intéressante.

    Les clans lexicaux du Net indé

    On remarquera que ce que nous appelons ici Net indépendant porte en fait plusieurs dénominations bien distinctes, chacune étant défendue toujours peu ou prou par les mêmes acteurs. Il serait intéressant de faire l'analyse détaillée des champs sémantiques impliqués, mais nous nous contenterons ici d'un petit résumé rapide :

    « solidaire » : cet adjectif, que la langue française aime adjoindre d'un complément (« solidaire de... »), est pourtant souvent employé sans précision : l'« internet solidaire », qu'est-ce donc ? La position consistant à se déclarer solidaire sans préciser de quoi peut apparaître hypocrite, pour deux raisons différentes : on ne veut froisser personne en restreignant le champ de sa solidarité, ou on tient à brandir un idéal de solidarité qui ne s'applique à rien en particulier et se suffit à lui-même. Cette double explication peut par exemple s'appliquer au « Secrétariat d'Etat à l'Economie Solidaire », dont nous reparlerons plus loin.

    « non-marchand » : voilà un autre terme bien intrigant. En effet, si le terme de « marchand » s'applique à tout ce qui constitue une vente de service (ou de produit), que reste-t-il de non-marchand ? Tout ce qui est gratuit ? Mais on sait que le gratuit sur Internet a trois financements possibles : 1) soit la publicité et la revente de données personnelles dans le cas des entreprises traditionnelles, qui ne nous intéressent pas ici; 2) soit le financement par apports internes (par exemple feu altern.org financé par altern.com), auquel cas le problème est simplement déplacé d'un service à l'autre ; 3) soit la subvention publique ou le mécénat d'entreprise, auquel cas le fournisseur de service perd toute son indépendance. D'où on peut raisonnablement déduire que la position de pureté consistant à ne rien vendre tout en restant indépendant, ne peut être réalisée qu'en ne fournissant aucun service Internet. C'est théoriquement amusant (comme tout « modèle » un peu farfelu, que ce soit en politique, en sciences...), mais en pratique pas très constructif !

    « citoyen » : épithète tarte à la crème, galvaudé des années par son utilisation incessante dans divers cercles de pouvoir et d'influence. Que dire de plus, sinon que, pris au sens premier, il signifierait que seuls les citoyens français, et non tout habitant de France ou du monde, auraient droit à la considération des structures qui revendiquent cette dénomination ?

    « libertaire » a un statut particulier. En effet, bien que signifiant un attachement très fort à la liberté (on remarquera que Le Monde Libertaire et Radio Libertaire sont des organes de mouvements anarchistes et non de gentillets collectifs socio-démocrates), il est stigmatisé comme une insulte par beaucoup d'acteurs du Net indépendant. Il semblerait que l'utilisation de ce terme par les médias de masse et les hommes politiques afin de balkaniser les dits acteurs, ait provoqué une révulsion à l'égard de l'épithète lui-même et non uniquement de l'instrumentalisation qui en a été faite.

    « alternatif » est bizarrement peu employé, bien que (ou parce que) peu restrictif. Pourtant, on le retrouve sous forme de racine dans quelques appellations : Altern bien sûr, mais aussi Internatif.

    « Compromissions » des structures

    Le Net indépendant se compose d'une myriade d'associations, organisations, coopératives, entreprises et collectifs, mais on peut isoler un certain nombre d'acteurs qui sont à l'heure actuelle en ligne de mire (outre le Minirézo dont nous avons déjà parlé ci-dessus).

    Il y a tout d'abord Gitoyen, qui est un GIE nouvellement créé. Un GIE est un Groupement d'Intérêt Economique, ce qui veut dire plus clairement un regroupement d'autres personnes morales afin de mettre en commun (« mutualiser » est un terme souvent employé dans les milieux désireux de reconnaissance éthique), le plus souvent, des investissements. Dans le cas de Gitoyen, les associations et entreprises membres louent ensemble un emplacement dans une salle machine réservée aux opérateurs, afin d'avoir accès aux tarifs normalement réservés à ces derniers. Le gain obtenu est énorme : un facteur compris entre 10 et 50 par rapport à la location, par chaque membre du GIE, d'une liaison spécialisée ! La création de cette structure apparaît donc amplement justifiée. Quant à la justesse de l'utilisation des ressources achetées en commun, elle ne peut s'apprécier qu'à l'aune de la nature des membres du GIE :

    FDN est un des premiers fournisseurs d'accès et d'hébergement français. Il s'agit encore et toujours d'une association à but non lucratif.

    Gandi est un registrar constitué sous forme de SARL par (notamment) Valentin Lacambre et Laurent Chemla. Il a pour but : 1) de « casser » les prix d'enregistrement de de noms de domaines; 2) de constituer, par les bénéfices qu'il réalise, un « trésor de guerre » destiné à financé diverses actions du Net indépendant (info tirée de Charlie Hebdo) - dont Gitoyen ?

    Placenet est une association qui compte lancer une offre d'accès ADSL à très bas prix.

    Netaktiv est apparemment une entreprise nouvellement créée, sur laquelle nous ne savons malheureusement rien.

    Globenet est un fournisseur d'accès associatif, qui héberge notamment la Confédération Paysanne, Ras l'Front, ou Droit au Logement.

    On ne peut donc nier que la majorité de ces membres sont peu susceptibles de « dérives », qu'elles soient politiques ou économiques. Reste la question de Netaktiv et Placenet, acteurs nouveaux ou quasi inconnus.

    Toutefois, Gitoyen est actuellement la cible des attaques d'IRIS (Imaginons un Réseau Internet Solidaire, via notamment sa liste de discussion à expression modérée), qui lui reproche de faire entrer le « marchand » dans l'arène du « non-marchand ». Quelles sont donc les motivations d'IRIS dans cette bataille ? Là nous devons avouer que nous manquons d'informations. Il semblerait que de vieux différends personnels existent entre, d'une part, le bureau d'IRIS (et sa présidente Myriem Merzouki), d'autre part, certains fondateurs de Gitoyen comme Laurent Chemla. Mais il ne s'agit probablement pas d'une raison suffisante, d'autant qu'il serait d'une grave légèreté de se laisser emporter par des rancoeurs personnelles à propos de projets aux enjeux aussi importants.

    Un deuxième front du Net indépendant se situe du côté du Secrétariat d'Etat à l'Economie Solidaire, à propos duquel nous préférons vous renvoyer à l'article suivant, qui décrit avec précision les manoeuvres du Secrétariat d'Etat, et les conséquences qu'elles peuvent avoir sur les acteurs impliqués. Les participations au forum de l'article en question nous montrent d'ailleurs indirectement les conséquences déjà réelles de l'action du dit Secrétariat : ainsi l'Autre Net et Ouvaton (ou tout du moins certains membres de ces structures) semblent avoir du mal à convenir des compromissions que risque d'impliquer leur attitude. D'autres intervenants anonymes ont également réagi avec une irritation quelque peu incongrue eu égard au caractère factuel de l'article, ce qui tend à prouver que l'auteur a sous-estimé l'ampleur du problème.

    On remarquera même que c'est Ouvaton qui héberge les forums de discussion sur la net-économie « solidaire », forums dans lesquels on peut également retrouver des messages de membres de Globenet et l'Autre Net, ainsi que du Secrétariat d'Etat. Voilà donc un exemple, hélas omis par Marc Laimé et Arno, de ce qui peut arriver réellement, et non simplement hypothétiquement, en termes de « capitalisation » ou « récupération » (mots que nous employons car ce sont ceux qui reviennent sans cesse dans la bouche des auteurs sus-cités, mais que nous préférons cependant mettre entre guillemets à cause de leur caractère brutal et doctrinaire).

    Un troisième front du Net indépendant se situe du côté des webzines. En particulier, uZine par son succès est la cible du ressentiment d'un certain nombre d'autres « acteurs de la liberté d'expression ». Ainsi Kitetoa, webzine sur la sécurité informatique, s'est fendu d'un communiqué suite à un article d'Arno à propos du Web indépendant. On ne manquera pas d'autre part de constater l'abondance, sur les forums d'uzine, des messages acerbes de Doc Martine alias « GrossepOOf », webmestre de QuellesConnes, une parodie de portail féminin. Quels sont les reproches adressés, de manière plus ou moins voilés, à uZine ? Globalement, de porter d'une certaine manière le drapeau hypothétique du Web indépendant, et de monopoliser l'attention des médias sur un phénomèné éditorial localisé et non sur l'ensemble des sites indépendants (dont, on s'en doute, ceux réalisés par ceux qui émettent ces reproches).

    On ne peut évidemment éluder de telles remarques, qui ont une part de vérité; par contre il nous paraît que c'est se méprendre que de supposer une intentionnalité dans cet état de fait : car quand on produit un grand nombre d'articles, souvent bien construits et instructifs, qui plus est avec possibilité pour les lecteurs de contribuer et réagir sur le site même (ce qui n'est pas toujours le cas des autres webzines), il paraît difficile d'échapper à une certaine médiatisation et une concentration des regards sur soi, même à son corps défendant. Il demeure, bien sûr, que cette centralisation de l'attention publique et médiatique consitue un problème et une faiblesse stratégiques de taille, qu'il serait critiquable, de la part du Minirézo, d'ignorer alors que cela constitue un danger pour l'ensemble du Net indépendant.

    Conclusion escamotée

    Cette analyse est bien évidemment incomplète. On aurait pu ainsi parler des risques de dérives « à la SOS Racisme » évoquées par Antoine Pitrou dans un forum, mais qui ont été reprises et développées par Marc Laimé et Arno dans leur dernier article. Cependant, nous pensons qu'il aura été utile de faire partager aux autres lecteurs les informations que nous avons pu glaner ici et là. Nous espérons également contribuer à faire naître un débat, en-dessous de cet article, qui sera plus serein que les réactions compréhensiblement épidermiques à la suite des écrits trop elliptiques de Laimé et Arno.